Trader L'affaire Kerviel ou la folie du système financier par William Emmanuel

Mai 2008 127 pages après la conclusion

11 euros

Le livre est bien écrit et se lit facilement.

Thèmes développés

- la crise des subprimes ;

- la présentation de Jérôme Kerviel et du monde des traders ;

- le film de la découverte de la fraude en janvier 2008 ;

- le film judiciaire ;

- l'historique de la Société Générale et sa mise en danger par la fraude.

Thèse du livre

Jérôme Kerviel est responsable d'avoir dissimulé des opérations non autorisées, mais dans un contexte qui l'y a poussé, sous-tendant ainsi la responsabilité de la Société Générale.

Autres commentaires

Comparaison relevée dans l'ensemble des 4 livres édités. En page 18 "les voisins du trader se montrent discrets. Plusieurs d'entre eux, en particulier les femmes, trouvent qu'il présente une vague ressemblance avec l'acteur américain Tom Cruise".

Les pages 113 à 117 évoquent pour partie le contrôle interne et son niveau au sein de la Société Générale.

En page 121, la promotion de Frédéric Oudéa est indiquée, sans aucune critique au regard de sa responsabilité en tant que Directeur Financier, alors que les comptes semestriels et annuels sont faux.

Une phrase illustre le niveau d'analyse que certains journalistes utilisent pour remplir leur oeuvres. en page 31 :

"Plutôt beau garçon, il est courtisé par une salariée de la salle de marché qui est tombée amoureuse de lui. Il n'y prête pas attention".

Erreurs relevées

De nombreuses erreurs de compréhension ou d'appréhension technique, parfois vraiment grossières, ont été relevées dans le livre.

Les principales erreurs sont commentées ci-après.

En page 39, au sujet du débouclage par JK en juillet et en août 2007 de ses positions prises jusqu'au mois de juillet 2007 qui génère un bénéfice réel de 500 millions d'euros : "et ne sait comment annoncer une telle bonne nouvelle, qui améliorerait considérablement les comptes semestriels de la banque".

C'est une erreur énorme. Ce ne sont pas les comptes semestriels 2007 de la banque qui auraient dû être augmentés de 500 millions d'euros, mais les comptes du troisième trimestre ! Quant aux comptes semestriels, ils auraient dû être diminués de 2 milliards d'euros. La nuance n'est pas mince.

Il est quand même étonnant qu'un journaliste qui prétend avoir "suivi l'activité des grandes entreprises françaises" et lancé un site d'information économique puisse produire une telle erreur.

L'aspect comptabilité est très peu développé dans le livre, mais la problématique des comptes 2007 faux est tout de même évoquée sur une demi-page, toutefois sans rentrer plus avant dans la technique

Des incompréhensions dans les termes financiers sont présents, comme en page 36 "il décide donc d'être short, de vendre des futures et augmente sa position vendeuse". Des futures sont des contrats à terme où on s'engage à acheter ou à vendre, ce ne sont donc pas les futures qui sont vendus !

En page 37, "le service de comptabilité adresse un courriel ... pour réclamer des explications sur des écarts de résultat entre ce qui est saisi dans le système et le book concernant certaines opérations".

C'est une erreur. Ce qui est saisi dans le système c'est Eliot, et le book, c'est Eliot. Il s'agissait d'un écart entre le front-office (Eliot) et la comptabilité.

En page 38 l'auteur écrit "pourquoi donc la hiérarchie reste-t-elle inerte ? Pour JK la réponse est simple "Je générais du cash"".

Au moment où l'auteur insère ces lignes, on est en plein le mois de juin 2007, où les positions de Jérôme Kerviel sont perdantes, il ne générait en rien du cash !

L'auteur persiste en page 38 "il est confiant, d'autant que ses placements sont "générateurs de cash".

Les placements de Jérôme Kerviel obligent la Société Générale à verser en cumulé à Eurex 2 milliards d'euros d'appels de marge fin juin 2007, en quoi est-il générateur de cash ?

Certes Jérôme Kerviel avait dégagé un résultat de 5 millions d'euros en 2005 et 12 millions d'euros en 2006. Mais de tels montants n'ont rien à voir avec les engagements de dizaines de milliards de dollars pris en juin 2007. Surtout qu'une des alertes du mois de juin 2007 listée dans le rapport de l'inspection porte sur 74 000 contrats DAX (environ 15 milliards d'euros). Quelques millions d'euros ne sont pas significatifs face à de tels ordres de grandeur.

Je croyais que le trader n'avait pas pris de vacances, pourtant on peut lire en page 39 "même pendant mes vacances, mon manager m'appelait pour me demander quelle position prendre". Si c'est son ancien manager, Alain Declerck, alors cette phrase est mal située dans des paragraphes qui exposent la situation de l'été 2007. D'ailleurs, en page 40, "du reste il ne prend pas de vacances".

Dans le livre "Le Joueur, Jérôme Kerviel seul contre tous", les auteurs indiquent page 103 que le trader a pris 4 jours de congés en août. Si cette information est vraie, alors ma remarque est non avenue.

En page 40, "le 20 août ..." "Le trader efface très vite les opérations suspectes du système, produit des justificatifs falsifiés pour faire croire à une erreur et peut attendre sans crainte une nouvelle inspection qui, comme prévu, ne permet plus de déceler de problème".

Pourtant à ma connaissance rien n'a jamais été effacé du système, les opérations en attente étaient annulées. Il ne faut pas confondre effacer et annuler. En informatique, effacer peut laisser penser à une manipulation du système. Des justificatifs falsifiés, ce sont les mails et il n'y en a pas en août 2007, c'est incohérent.

En page 46, "fin décembre, il solde l'essentiel de ses positions en générant, comme prévu, un profit de 1,4 milliard".

C'est une imprécision, le trader déboucle des positions du 7 novembre au 31 décembre, et même son P&L est stable tout le mois de décembre, le débouclage ayant sans doute eu presque totalement lieu avant.

En page 61 "une petite équipe de traders ... découvre que, sur l'année 2007, le jeune homme a engagé jusqu'à 30 milliards d'euros sur divers contrats boursiers".

Erreur, c'est plus puisque 30 milliards d'euros ont été engagés jusqu'en juillet 2007 puis à nouveau 30 au dernier trimestre : cela fait 60 milliards d'euros sur 2007 !!!!

Cette petite équipe de traders aurait trouvé les opérations de 2007 et pas celles de 2008 dans un premier temps.

En page 63 Luc François l'interroge "as-tu fait quelque chose en 2008 ?"

Alors qu'ils viennent d'apprendre que Jérôme Kerviel avait menti, les dirigeants de la Société Générale se seraient contenté de poser la question pour 2008 ?

D'après le livre de Pierre-Antoine Delhommais Cinq milliards en fumée, la question aurait été posée à 9h du matin et il aurait aussitôt été "demandé à la cellule de crise de passer en revue les transactions de Jérôme Kerviel depuis le début de l'année." C'est quand même plus logique.