Cinq milliards en fumée Les dessous du scandale de la Société Générale par Pierre-Antoine Delhommais

Seuil

158 pages après la conclusion 16 euros

Mars 2008

Le livre est bien écrit et se lit facilement.

Contenu

Les subprimes, les mécanismes de dissimulation, le métier de trader, les scandales de trading, la Société Générale et son développement sur les marchés, analyse psychologique, deux pages sur les mystères d'Eurex

Thèse du livre

La folie du joueur, emporté par le tourbillon des paris.

Autres commentaires

En quatrième de couverture, "Jérôme Kerviel, jeune homme un peu réservé, avec un faux air de Tom Cruise".

En page 18, deux assistants traders du desk Delta One qui participent aux recherches, et qui côtoient quotidiennement, craquent. Ils s'effondrent en larmes devant l'énormité des positions cachées qu'ils découvrent."

Cela réduit la possibilité que le desk Delta One ait pu être au courant après les alertes Eurex de novembre 2007 du gain de plus d'un milliard d'euros réalisé par Jérôme Kerviel en 2007. Peut-être que seul Eric Cordelle, voire son assistant trader étaient finalement au courant ?

En page 20, "vendredi 18, à la fermeture des places européennes, ses engagements affichent une perte de 2,7 milliards d'euros".

L'estimation effectuée de la perte latente le vendredi 18 janvier 2008 au soir dans mon livre "Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête" montrait un montant de 2,5 milliards d'euros, très proche de ce chiffre, qui, s'il est exact, montre la pertinence de mes calculs. Toutefois, les engagements ne sont pas de 50 milliards d'euros, aux 49 milliards d'euros il convient d'ajouter cette perte latente !

Erreurs et imprécisions (meilleure compréhension technique des 4 livres revus, pourtant édité avant les 3 autres)

En page 14, "pour toutes ses opérations fictives de 2007, Jérôme Kerviel avait utilisé des contreparties internes au groupe, de façon à n'éveiller aucune suspicion. Mais là, pour des problèmes comptables liés au passage de fin d'année, il est coincé. Il ne peut plus recourir à cette technique."

En fait, Jérôme Kerviel a bien utilisé une contrepartie interne mais à dû modifier cette contrepartie en la banque Baader suite à des contrôles. D'autres contrôles l'ont obligé à modifier à nouveau cette contrepartie.

En page 17, concernant les positions 2007, l'auteur écrit "Jérôme Kerviel a pris d'énormes positions spéculatives, bien réelles cette fois, sur les contrats à terme d'indices boursiers européens (Dax, Footsie, Eurostoxx)."

Ce n'est pas vrai pour le Footsie, pour lequel des positions significatives ont été prises en janvier 2008.

En page 60, "il appréciait tout particulièrement les achats-ventes de forwards à date décalée dans le futur."

Pas exactement. Les forwards ont été notamment utilisés à l'occasion des clôtures comptables importantes, le 30 juin 2007 et le 31 décembre 2007. Les rapports définitifs publiés fin mai 2008 par la Société Générale montrent un total de 61 forwards sur 947 opérations fictives annulant les risques de marché et le résultat latent. Ce sont les futures sur indices (620 opérations fictives) qui étaient le plus utilisés.

En page 60, "la Société Générale note aussi que Jérôme Kerviel "usurpait les codes d'accès informatiques appartenant à des opérateurs pour annuler certaines opérations". Devant les policiers de la brigade financière, il avoue que cela "a pu arriver à une ou deux reprises, mais pas dans l'idée de nuire à la personne"."

Pourtant, dans les rapports définitifs de la Société Générale fin mai 2008, "enfin JK a utilisé le système informatique du front office pour enregistrer de nombreuses écritures fictives ou indues mais nous n'avons pas détecté d'utilisation de l'identifiant d'un autre agent à son insu".

C'est ce qu'il convenait de comprendre déjà à partir du rapport intermédiaire du comité spécial du 20 février 2008 : Jérôme Kerviel n'a pas eu besoin d'usurper des codes informatiques pour déjouer les contrôles, il a utilisé les failles existantes du système d'information !

Les procès-verbaux de la garde à vue de Jérôme Kerviel sont annexés au livre. En page 184, "Si j'en ai utilisé un, c'est celui de mon assistant Thomas M., mais pas du tout pour lui nuire et de de façon très épisodique". Pas d'usurpation de codes, la session de l'assistant était ouverte ou bien des macros Excel avaient une ouverture automatique sur son login. En page 185, "je ne connais pas son login, mais il a pu avoir ouvert une session sur mon poste sans la fermer".

En page 64, "il commence à vendre des contrats à terme sur les indices boursiers européens." Non, il prend des contrats qui portent sur la vente à terme d'indices boursiers européens. Nuance !

En page 65, "ce retournement lui permet d'afficher un gain de 1,4 milliard d'euros à la fin décembre". Non, le trader a débouclé sa position de 30 milliards d'euros l'été 2007 pour générer 0,5 milliards d'euros de gain réel et a constitué une autre position qu'il a débouclée fin 2007, lui permettant cette fois d'atteindre en cumulé un gain réel de 1,4 milliards d'euros.

En page 105, "un montant qui semble faramineux mais qui l'est beaucoup moins quand on le rapporte à la taille de son engagement : 30 milliards d'euros. Un rendement annuel de 4,6 %".

Inexact. Pour résumer, le bénéfice de 1,4 milliard d'euros a été obtenu en deux fois : une première fois 0,5 milliard d'euros à partir de 30 milliards d'euros de positions débouclées l'été 2007, une deuxième fois 1 milliard d'euros à partir de 30 milliards d'euros de positions débouclées fin 2007. Le rendement annuel calculé n'est donc pas de 4,6 % selon l'auteur mais de deux fois moins.