Synthèse sur la revue des livres sur la fraude à la Société Générale et comparaison

En dehors de mon livre Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête, les 4 livres parus sur l'affaire de la fraude à la Société Générale sont :

1) Trader L'affaire Kerviel ou la folie du système financier par William Emmanuel

2) L'homme qui valait 5 milliards Quand le capitalisme financier devient fou par Mélaine Delattre et Emmanuel Levy

3) Le Joueur Jérôme Kerviel seul contre tous par Paul-Eric Blanrue et Chris Lafaille

4) Cinq milliards en fumée Les dessous du scandale de la Société Générale par Pierre-Antoine Delhommais

Ces 4 livres sont bien écrits et se lisent assez facilement.

Au niveau de la compréhension technique, ils présentent tous des erreurs et des imprécisions.

Mon livre est le seul à véritablement challenger les données publiées par la Société Générale en la matière.

Lorsque j'avais contacté une personne de la Direction de la Communication de la Banque de Financement et d'Investissement de la Société Générale, cette personne m'avait d'ailleurs affirmé que j'étais le seul à m'intéresser au débouclage et qu'elle était surprise que je ne m'intéresse pas au profil psychologique de Jérôme Kerviel.

En effet, mon livre porte exclusivement sur la technicité de la fraude.

Les problématiques de la comptabilité sont quasiment absentes des 4 livres, à part quelques phrases, dont certaines erronées. Il en est de même de l'approfondissement du contrôle interne. La problématique des commissaires aux comptes est absente des 4 livres.

Certains livres se sont étonnés que 1,4 milliard d'euros de trésorerie positive puisse passer inaperçue fin 2007 et début 2008. Pourtant, aucun n'est allé aussi loin que mon livre, qui montre que la problématique d'une trésorerie négative de 2 milliards d'euros à fin juin 2007 est autrement plus alarmante, sans qu'une détection n'ait eu lieu.

Les 4 livres comparent le trader à Tom Cruise. Comparaison qui n'a pas sa place dans une enquête purement financière.

Certains livres utilisent des phrases romancées "dehors le temps vient de changer. Depuis quatorze heures, le soleil a tourné de l'oeil, laissant place à de gros nuages gris qui se jettent en cascade sur Paris."

3 des 4 livres parlent des subprimes, de l'histoire du développement de la Société Générale sur les marchés financiers.

Les 4 livres ne remettent pas en question la responsabilité de Jérôme Kerviel dans la fraude, certains tentent de l'expliquer (théorie du joueur, de l'aveuglement). La responsabilité de la Société Générale n'est pas occultée dans les 4 livres.

Ma thèse sur la fraude à la Société Générale est la suivante :

Au niveau du trader

Jérôme Kerviel, ambitieux, a eu besoin, pour acquérir plus de reconnaissance rapidement, de prendre des risques qui dépassaient ses limites. Il a vu qu'il pouvait ne pas se faire repérer et s'est engouffré dans la brèche. Il a eu de la réussite (et les défaillances de la Société Générale l'ont aidé) que sa première grosse position finisse par générer du bénéfice l'été 2007, alors qu'il était resté plusieurs semaines déficitaire, sans se faire prendre. Ayant gagné, pris au jeu, il poursuit et dégage à nouveau un bénéfice fin 2007. Ne sachant pas s'arrêter, ivre du jeu, il poursuit début 2008, mais là il est perdant dès le début. Découvert alors qu'il est perdant, le jeu s'arrête.

Au niveau de la Société Générale

La responsabilité dans la persistance d'une telle fraude sur plusieurs mois se situe à tous les niveaux de Direction de la Société :

Présidence : pour être responsable du la définition du contrôle interne, qui se repose trop sur la surveillance permanente, pour ne pas avoir permis aux contrôles de suivre le développement de l'activité, pour ne pas avoir engagé les réformes de mise à niveau des systèmes d'information

Direction de la Banque de Financement et d'Investissement : pour avoir développé une culture du résultat dans laquelle les contrôles n'avaient pas la meilleure place

Responsabilité hiérarchique du trader : pour ne pas avoir détecté les positions non-autorisées

Direction Financière : pour ne pas avoir mis en place un processus d'établissement des états financiers fiables, pour ne pas avoir détecté que les comptes au 30 juin 2007 étaient faux de 2 milliards d'euros, pour ne pas être en mesure de comprendre à 2 milliards d'euros près le niveau de sa trésorerie, ce qui est quand même le comble pour une banque, pour ne pas être en mesure de faire en sorte que son contrôle de gestion comprenne d'où vient le résultat

Direction des Ressources Humaines : pour ne pas suivre les congés des salariés traders, pour avoir propulsé un responsable n+1 qui ne semblait pas maîtriser le sujet

Commissaires aux comptes : pour ne pas avoir émis une opinion défavorable sur le contrôle interne déficient, pour avoir certifié des comptes 2007 intégrant des opérations de 2008 ce qui est contraire aux normes.

Et il en manque très certainement ...

Trop de confiance, trop d'autonomie, trop de laxisme, pas assez de remise en question.

Les zones d'ombre dans cette affaire sont encore trop importantes pour s'arrêter là : débouclage, appels de marge Eurex, connaissance ou non des opérations non-autorisées par des n+?, responsabilité de la Direction Financière ...