Dans son édition hebdomadaire du 12 novembre 2008, Le Canard Enchaîné publie, par la plume d'Hervé Martin un court article intitulé "Les 3 milliards de Kerviel que personne n'a vus passer".

L'article commence sur des bases fragiles. En effet, deuxième phrase "Au cours du seul mois de janvier 2008, bien avant que le scandale n'éclate".

Vu que le scandale a été découvert le samedi 19 janvier 2008, la phrase est quelque peu excessive dirons-nous.

L'article appuie ses "révélations" à partir des 222 pages du rapport rédigé en mars 2008 par la Commission Bancaire (merci à la Commission Bancaire de participer à la transparence financière tant prônée en mettant ce rapport en ligne, afin que ce ne soit pas uniquement les journalistes avec carte de presse et copinage avec sources divers et variées qui y aient accès, directement ou indirectement cas très probable du canard) dont les conclusions ont servi à motiver l'amende de 4 millions d'euros infligée à la Société Générale le 4 juillet dernier.

Tout cela n'est pas récent par conséquent.

De quels 3 milliards s'agit-il ?

D'après l'article, il s'agit d"opérations hors normes", "cinq versement supérieurs à 500 millions d'euros". Qui seraient quotidiens. Qui auraient servi à "couvrir les transactions de Jérôme Kerviel".

Versés à qui ? L'article n'est pas assez précis sur le sujet.

La plus grande partie des opérations non-autorisées ayant été des futures échangés sur le marché Eurex, et comme le montrait déjà le rapport de l'Inspection de la Société Générale, de tels montants correspondent sans doute aux appels de marge (et dépôts de garantie) versés à Eurex par l'intermédiaire de Fimat Francfort. Les graphes d'appels de marge cumulés et quotidiens des pages 53 et 54 du rapport de mai 2008 montrent bien que les sommes atteignent début janvier 2008 3 milliards d'euros.

C'est la même problématique déjà mise en évidence dans mon livre sur le déboursement fin juin 2007 déjà vis-à-vis d'Eurex de 2 milliards d'euros en appels de marge cumulés rien que pour les opérations non-autorisées de JK, montant qui serait passé inaperçu lui aussi. Et ce n'était pas à quelques jours de la découverte du pot-aux-roses, mais des mois avant !

Le thème évoqué par le titre de l'article n'occupe d'ailleurs qu'une faible partie, puisque dans la suite l'article parcourt d'autres thèmes, la connaissance des faits par les responsables hiérarchiques, la trésorerie de 1,4 milliards d'euros fin 2007 qui aurait permis de financer d'autres traders, le dépassement fréquent des limites d'engagement, les alertes Eurex.

Sur le fond, les thèmes abordés sont pertinents et augmentent le niveau de responsabilité de la Société Générale dans cette affaire.

A suivre ...