Caisses d'Epargne : du nouveau dans l'article du Monde du 13 novembre 2008 "Le trader à l'origine d'une perte de 751 millions d'euros évoque "la mauvaise foi" de l'Ecureuil

L'article rédigé par Gérard Davet et Anne Michel http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11/13/le-trader-a-l-origine-d-une-perte-de-751-millions-d-euros-evoque-la-mauvaise-foi-de-l-ecureuil_1118108_1101386.html comprend :

1) des extraits du rapport de la Commission bancaire daté du 29 octobre versé au dossier d'instruction.

2) des extraits des procès-verbaux de déposition du trader Boris Picano-Nacci dont Le Monde a eu connaissance.

Manifestement le journal Le Monde a ses entrées à la brigade financière puisque c'est Le Monde déjà dans l'affaire Kerviel qui avait publié les extraits des premières dépositions du trader à la brigade financière.

Extraits des conclusions du rapport de la Commission bancaire et mes commentaires :

"Le dispositif de contrôle interne destiné à suivre cette activité présente de graves lacunes ...aucun calcul indépendant du résultat quotidien n'est effectué"

"Le dispositif de limites est insuffisant et s'appuie sur des indicateurs biaisés"

La Direction doit être tenue responsable de l'insuffisance des dispositifs de contrôle interne.

"Ordre avait été donné à la fin juin de fermer l'activité et de gérer ce portefeuille en extinction, pour préserver le résultat acquis. Le trader a clairement outrepassé cet ordre à partir de la mi-septembre."

La responsabilité du trader est clairement annoncée par cette dernière phrase. Comment en effet concilier la préservation du résultat acquis et la génération de 751 millions d'euros de perte de trading ?

"Un contrôle interne adéquat aurait permis de s'en rendre compte immédiatement, et donc d'éviter les pertes."

Extraits de la déposition de Boris Picano-Nacci du 29 octobre 2008 et mes commentaires

"Je pense que la CNCE (Caisse nationale des caisses d'épargne) est de mauvaise foi (...)" son plan de gestion a été "validé par des opérationnels". "Comme la CNCE a perdu de l'argent, c'est une manière de dire au grand public que chez eux, tout va bien, que les pertes sont dues à un trader fou."

"Tout dépend de ce qu'on entend par gestion extinctive, pour moi c'était accompagner les positions au fur et à mesure afin de les déboucler en totalité au 31 décembre 2008"

"Mes positions supprimaient du risque normal pour rajouter du risque extrême mais ces opérations ont été faites au vu et au su de tous et ne m'ont pas été reprochées à l'instant. On me les a reprochées quand j'ai perdu de l'argent."

Rajouter du risque extrême à du risque normal, curieuse manière de respecter une gestion de type extinctive, puisque l'activité de la salle de marchés devait se terminer fin 2008.

Cela m'étonnerait que dans le plan de gestion "validé par des opérationnels" cette notion de risque extrême ait été mise en avant !

"Je n'ai signé aucune limite, à ma connaissance il n'y en avait pas (...) seule une limite calculée sur les risques. Si je faisais 20 ou 30 millions d'euros de P & L (résultat) c'était déjà une bonne année (...) Je ne m'étais pas imposé de réelles restrictions, j'essayais de prendre des engagements en adéquation avec mes objectifs de performance."

C'est typique du sentiment de toute puissance et d'absence de limite que ces personnes ont : "je ne m'étais pas imposé de réelles restrictions". Le problème, c'est que dans ce monde fou des traders, ni les supérieurs ni la Direction n'ont cadré ces dérives, alors qu'il y en avait besoin. Et pourtant, même en étant prévenus après l'affaire JK à la Société Générale, le Casino Royale a continué.

Ses supérieurs hiérarchiques étaient-ils au courant de ses "nouvelles positions" prises sur les marchés ? "Je pense qu'il savait, déclare Boris Picano-Nacci en parlant de son responsable direct, même si je ne le lui ai pas dit expressément et que je n'avais pas à le faire".

"Que je n'avais pas à le faire" .. on dirait que cette personne n'avait de compte à rendre à personne finalement, et à la fin, il est à l'origine d'une paume de 751 millions d'euros. Si ça se trouve Boris¨P est encore fier de ce qu'il a fait, c'est fou !

Par ailleurs, le trader tente de justifier ses choix d'investissement. Il affirme qu'il pensait faire gagner de l'argent à sa banque, en pariant sur une atténuation de la crise boursière : "Il s'agissait de dire (...) que la volatilité allait continuer à monter jusqu'à un certain point et les marchés allaient continuer à baisser jusqu'à un certain point. C'est pour prévenir ces mouvements que de nouvelles positions ont été prises (...) Au moment où j'ai pris la position mes engagements en terme de sensibilité étaient normaux mais ils ont explosé le 10 octobre." S'il avait pu imaginer que le risque extrême se réalise, assure-t-il, "je n'aurais pas pris ces positions".

Mais il n'avait pas à faire gagner de l'argent à sa banque puisqu'il s'agissait d'une activité qui devait s'éteindre fin 2008 ! Il a fait un pari qui s'est avéré perdant, mais il n'avait pas à parier.

Selon l'article, le trader aurait perçu 68 000 euros de bonus en 2006 et 2007.

Toujours pareil, tant que ça ne perd pas, ça gagne, et quand ça perd, salut tchao à la prochaine. Résultat, les Caisses d'Epargne ont versé 134 000 euros de bonus à un salarié qui leur a fait perdre 751 millions d'euros en 2008.

Il faut changer tout ça !