La confrontation qui devait être prévue avec le représentant juridique de la Société Générale, Gérard Gardella (les avocats de JK lui auraient préféré Daniel Bouton), semble être repoussée au 8 décembre prochain.

Le juge Van Ruymbeke aurait interrogé Jérôme Kerviel sur la contradiction qui consiste à dissimuler les positions non-autorisées hors norme toute l'année 2007 tout en affirmant que sa hiérarchie était au courant, ou plutôt selon la version "ne pouvait pas ne pas savoir".

Toute connaissance minimale technique du dossier doit permettre de comprendre que sans dissimulation, les services de contrôle des risques et les services comptables n'auraient pas manqué d'alertes insurmontables. Même si les nombreuses alertes avec dissimulation n'ont pas suffi. Déjà qu'avec dissimulation il y avait moult alertes, alors imaginez sans.

En effet, impossible par exemple de savoir que le résultat au 30 juin 2007 était aggravé par 2 milliards d'euros de perte et, pour toute la Direction Financière, de ne pas découvrir d'où cela vient.

La présentation d'une telle "contradiction" me semble par conséquent douteuse.

Le sujet technique mérite une meilleure approche, malheureusement escamotée ici et là.

Ce matin même, à la vue de mon livre, une personne qui me dit travailler en tant que journaliste pour l'AFP prétend bien connaître le sujet. A ce qu'elle croît. En deux phrases elle montre sa méconnaissance du sujet. Elle pense que les supérieurs étaient au courant dès le début 2007, parce que JK faisait des gains et qu'il était donc ainsi protégé. Faux sur ce dernier point en tout cas, je lui annonce que les positions du trader étaient en perte de 2 MdE fin juin 2007, elle ne le savait pas ! Cela n'a pas eu l'air de la troubler.

Le problème dans cette histoire, c'est que beaucoup de monde croît savoir alors que le sujet est techniquement très complexe et nécessite une rigueur et une précision dans les éléments connus du moins, ce qui n'est pas le cas.

Même les 4 autres livres rédigés par des journalistes ayant pignon sur rue et éditeurs sont truffés d'erreurs techniques.

http://olivierfluke.canalblog.com/archives/autres_livres/index.html

Pour ce qui concerne la poursuite de la procédure judiciaire, JK devrait à nouveau être entendu le 17 décembre sur les aspects techniques du dossier. Espérons qu'une expertise informatique du débouclage aura pu être obtenue.

Autre élément qui m'intéresse dans l'article de l'AFP "Jérôme Kerviel a pris des positions cachées sur les marchés qui culminaient à 50 milliards d'euros au moment de leur découverte le 20 janvier".

Enfin des journalistes font le lien entre ce montant et sa date de valorisation. Ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent.

Je rappelle le rapport de l'Inspection générale Mission Green de mai 2008 en page 4 "2008 : constitution entre le 02/01 et le 18/01 d'une position longue de futures sur indices de 49 GEUR découverte le 20 janvier".

Oui au moment de leur découverte les positions étaient valorisées à 49 MdE, un peu au-dessus même. Mais les engagements constitués s'élevaient jusqu'à 52 milliards d'euros.

C'est incroyable que ce chiffre de 52 milliards d'euros qui représente la valeur brute des engagements n'intéresse personne. Imaginez seulement que le 18 janvier au soir la valorisation nette soit de 5 MdE et le brut de 52 MdE (sait-on jamais si cela avait été des options de nature telle qu'elles aient pu être dévalorisées ainsi), croyez-vous que l'on n'aurait pas entendu parler de ce chiffre de 52 ? Mais bien sûr.

Dès le début la Société Générale a fait de l'amalgame concernant le montant des engagements pris par JK en 2008, en communiquant sur sa valorisation nette, mais sans le préciser.

Et je suis désolé, mais dire qu'on prend une position sur une période de 49 MdE, c'est faire comprendre que les engagements pris se sont élevés à 49 MdE. Or ce n'était pas le cas !