The Madoff Scandal. Some commun remarks with the Kerviel Société Générale Fraud.

L'année 2008 avait démarré avec la découverte de la plus gigantesque perte due à des opérations de trading, 5 milliards d'euros. C'est l'affaire de la fraude à la Société Générale, ou encore affaire Kerviel.

L'année 2008 se termine en bouquet final, avec la révélation de la plus gigantesque supercherie à l'investissement, dont le montant total, non encore connu, est avancé pour l'instant à 50 milliards de dollars. C'est l'affaire Bernard Madoff.

La fraude Madoff

On est très loin de savoir exactement ce qui s'est passé.

Le mécanisme de la supercherie aurait consisté à faire croire aux investisseurs existants qu'un rendement mirifique (10, 12 % ?) pouvait leur être servi de mois en mois, mais ces gains fictifs semblaient provenir de l'apport de nouveaux investisseurs.

10 12% sont élevés mais pas tant que cela par rapport à l'évolution des marchés actions ces dernières années, avant la crise financière bien sûr.

Ce qui avait éveillé la suspicion de certains investisseurs, c'était la régularité des performances positives du fonds Madoff mois après mois. Seulement 5 mois auraient affiché des pertes sur plus de 10 ans.

Là encore pourtant, il est de coutume en gestion alternative d'expliquer que la performance de tels fonds est en valeur absolue, déconnectée des marchés financiers. Il s'agit d'exploiter des failles ici ou là pour en profiter le plus vite possible avant que tout le monde suive et que la faille disparaisse.

Depuis combien de temps la fraude Madoff a perduré ?

L'enquête le révèlera. Il est probable que la fraude n'ait pas eu lieu sur l'ensemble des années pendant lesquelles les investisseurs ont investi chez Madoff. Il est probable qu'à partir du moment où les rendements ont été insuffisants, Bernard Madoff ait pris cette mauvaise direction et ait tenté de dissimuler les véritables rendements afin de poursuivre son activité. C'est à ce moment là sans doute que le schéma de Ponzi a dû être mis en place : rémunérer les anciens investisseurs avec l'apport des nouveaux.

Avec la crise financière et le retrait de nombreux épargnants, dont les fonds alternatifs notamment, la pyramide de Madoff s'est effondrée comme un château de cartes.

Découverte de la fraude

Ce sont des membres de sa famille qui auraient dénoncé la fraude de Bernard Madoff.

Son frère Peter, son neveu Charles, sa nièce Shana et ses fils Mark et Andrew, qui travaillaient avec lui ne seraient pas au courant ?

Le mercredi 10 décembre, Bernard Madoff aurait révélé à deux de ses managers que ses activités étaient en fait un schéma de Ponzi.

Arrêté par le FBI le 11 décembre 2008 avant d'être libéré sous caution de 10 millions de dollars, Bernard Madoff a avoué être l'auteur d'une très importante escroquerie. Il risquerait une peine de prison allant jusqu'à 20 ans et une amende de 5 millions de dollars.

Ampleur de la fraude

Le montant de l'escroquerie a été annoncé initialement à 50 milliards de dollars, mais ce sont les enquêteurs qui vont inventorier les sommes réelles.

Jour après jour, les investisseurs déclarent leurs expositions. Le 15 décembre, l'inventaire par l'agence Bloomberg atteignait déjà 24 milliards de dollars environ.

Victimes de la fraude

Ce que l'on sait, c'est que des investisseurs de tout poil, grandes fortunes, fondations, banques, fonds d'investissement, simples particuliers ont été bernés par Bernie Madoff.

Quelques exemples :

- Santander, 2,3 milliards d'euros, la banque espagnole avait été épargnée par la crise financière jusque là ;

- Natixis, dans tous les bons coups, 450 millions d'euros ;

- BNP Paribas, 350 millions d'euros, banque qui jusque là semblait relativement épargnée par la crise financière, qui du coup communique quelques jours après pour annoncer que son activité de Banque de Financement et d'Investissement a subi de lourdes pertes en octobre et en novembre 2008. Cela s'appelle le coup de la Générale au moment de la découverte de l'affaire Kerviel avec l'annonce de pertes dans les subprimes.

- AXA, 100 millions d'euros dans les fonds en euros d'assurance vie, qui sont censés être sans risque, mais qui néanmoins comportent une partie actions et immobilier, bien qu'inférieure aux produits de taux sans risque.

- fonds de fonds Fairfield Greenwich, 7,5 milliards de dollars, Tremont Capital Management, 3,3 milliards de dollars.

Et pour le bling-bling :

- Palm Beach Country Club ;

- Sterling Equities, société d'investissement propriétaire de l'équipe de baseball des New York Mets ;

- fondation du Prix Nobel de la Paix Elie Wiesel, fondation du cinéaste Steven Spielberg.

Des autorités de régulation dépassées ou bienveillantes ?

Malgré des signaux qui auraient pu constituer des alertes (certains professionnels les avaient bien interprétés et étaient restés à l'écart), comme la taille insuffisante des commissaires aux comptes par rapport aux sommes gérées, par le peu de communication financière (effet boîte noire, très marquée dans la gestion alternative et les hedge funds d'ailleurs), Bernard Madoff semble avoir su surfer sur la confiance qu'il inspirait et sur ses affinités à la SEC pour berner son monde.

La SEC aurait mené 3 enquêtes en 8 ans sans rien révéler. La structure BMIS Bernard Madoff Investment Securities n'aurait plus été enregistrée depuis septembre 2006 à la SEC.

Le commissaire aux comptes de Madoff, le cabinet Friehling & Horowitz aurait 3 employés seulement.

Le 17 décembre, la SEC a ouvert une enquête interne après les premières constatations troublantes, selon les déclarations de Christopher Cox, Président de la SEC. La SEC aurait eu vent d'allégations crédibles au sujet de ses activités il y a des années.

Recouvrement des avoirs

Lee Richards, du cabinet Richards, Kibbe & Orbe, a été désigné administrateur judiciaire de BMIS. Il semble pour l'instant que le recouvrement des investissements soit très compromis.

Problématique de la confiance - Madoff SG

La confiance. Celle qui aveugle l'investisseur qui veut croire à ses bénéfices. Sauf le jour où il s'aperçoit qu'il perd. Et là il recouvre la vue.

Bernard Madoff avait pignon sur rue et était un grand philantrope. Ancien Président du Nasdaq en 1990 et 1991.

La fraude à la Société Générale ?

Cette même confiance prônée par les dirigeants de la banque pour que l'opérationnel prime sur les contrôles.

Cette même confiance qui fait que même lorsque des écarts sont mis en évidence par les système de contrôle, qui fait que même lorsque les réponses aux questions posées ne permettent pas de lever définitivement l'alerte, permet à un trader de dissimuler des opérations non-autorisées des mois durant.

Trop de latitude laissée à un investisseur dont on ne voit qu'une boîte noire.

Trop de latitude laissée à des opérationnels qui peuvent manipuler un système de saisies de données avec excès.

Problématique de la complicité ou de la connaissance des faits par des tiers - Madoff SG

Bernard Madoff a affirmé qu'il avait monté la pyramide à lui tout seul.

Les bureaux Madoff sont situés sur la 3rd Avenue, au Lipstick Building, sur 3 étages. Le 17 ème étage, là où ses activités frauduleuses ont prospéré, a été mis sous scellé par la justice.

Des membres de sa famille qui travaillent dans les même étages que lui ne seraient pas au courant. Comment est-ce possible ?

Dans le scandale Madoff, comment croire que les commissaires aux comptes (même avec une structure de 3 personnes) ne puissent être avisés de la supercherie en cours depuis des années ?

Dans l'affaire de la Société Générale, la connaissance des faits par des tiers avant leur découverte n'est pas encore clairement établie. Les supérieurs hiérarchiques directs ne seraient pas au courant, malgré les états de trésorerie de fin décembre qui démontrent une position favorable de plus d'1 milliard d'euros et malgré les nombreuses alertes internes et externes, notamment en provenance d'Eurex, la chambre de compensation allemande principalement concernée par les opérations non-autorisées sur les futures.

Un état mensuel de situation du mois de novembre 2008 d'un client Madoff publié sur internet

Bernard Madoff ne produisait pas lui-même les états justificatifs de situation de ses clients, des informaticiens, des gestionnaires, des comptables travaillaient pour lui.

Voir à ce sujet http://dealbook.blogs.nytimes.com/2008/12/15/a-look-at-madoffs-trading-records/#comment-421006, article dans lequel l'auteur, Zachery Kouwe, évoque les états de situation du mois de novembre 2008 d'un client de Madoff qui bien sûr a tenu à rester anonyme.

Le patrimoine investi dans Madoff par cet investisseur s'élève autour de 1,8 millions de dollars. Si j'ai bien compris ces documents, au mois de novembre, alors que les marchés sont tourmentés, Ces états intéressants montrent qu'au mois de novembre 2008, Madoff a vendu pour 1,7 millions d'euros de Bons du Trésor US pour acheter 1,7 millions d'euros en actions US.

Si j'avais reçu un tel document j'aurais bondi de ma chaise bien entendu.

Très probablement les actifs listés dans ces états sont fictifs, sinon les investisseurs pourraient récupérer une partie de leurs avoirs, ce qui ne semble pas être le cas pour le moment.

Dans un article du 16 décembre 2008, http://news.yahoo.com/s/ap/20081216/ap_on_bi_ge/madoff_scandal_records, des faux ont été découverts permettant de cacher la situation réelle des investisseurs.

Ce qui est surprenant, c'est que mettre en place des faux pour des milliers d'investisseurs, cela suppose des moyens, une organisation sans faille.

Comme relevé sur les états de novembre 2008 ci-dessus, rien ne doit prêter à suspicion. Il faut que le faux apparaisse crédible.

Quant on sait que certains fonds avaient pour des milliards de dollars d'exposition chez Madoff, on se pose la question de la qualité du contrôle de tels investissements et du contrôle de la réalité des fonds.

La défaillance des contrôles internes a été largement mis en cause dans la fraude à la Société Générale.

Le monde de la finance a autant de mal a contrôler en interne qu'en externe.