18 décembre 2008
Bientôt une expertise informatique des opérations de Jérôme Kerviel au siège de la Société Générale
Source article de l'AFP sur Boursorama.
http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_societes.phtml?news=6202951&symbole=1rPGLE
Une expertise informatique serait prochainement conduite au siège de la Société Générale pour valider le CD -Rom des opérations de Jérôme Kerviel qui a été versé au dossier.
Les avocats de la défense auraient donc obtenu gain de cause. La pression dans quelques médias (pas tous) sur la conduite de l'enquête "à charge" y serait-elle pour quelque chose ?
D'après un article du Parisien de ce jour cité par la dépêche de l'AFP, une copie du même CD-Rom obtenue par la défense ne serait pas identique à celui versé au dossier.
Plusieurs opérations réalisées, dont l'une de 7 milliards d'euros, auraient disparu de l'une des copies.
D'après l'avocat de la Société Générale Maître Jean Veil il n'y a là qu'une fausse alerte, les 2 CD-Roms seraient identiques, et la copie aurait été donnée "gracieusement" aux avocats de la défense pour faciliter leur travail.
Tout cela est assez flou et il faudra attendre avant d'en savoir plus.
Il est dommage que l'expertise informatique se cantonne à la Société Générale et ne couvre pas les intermédiaires, notamment la chambre de compensation Eurex, ce qui permettrait d'obtenir une confirmation externe de l'ensemble des opérations.
Les nettoyages informatiques existent, ce serait un moyen (et encore) de s'assurer qu'il n'y en ait pas eu.
De plus, je doute que le contenu de tels CD Roms aborde le thème des contreparties, ce qui serait pourtant fort utile pour apprécier si ceux qui ont gagné à un moment ou à un autre sont liés aux uns ou aux autres par quelque manière que ce soit.
L'analyse des opérations des autres traders du desk Delta 1 pourrait également confirmer ou infirmer les dérives notamment pointées dans un article de Libération du 18 novembre 2008.
cf http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2008/11/18/11413124.html
17 décembre 2008
Le point sur la fraude Madoff. Quelques points de comparaison avec l'affaire Société Générale Kerviel.
The Madoff Scandal. Some commun remarks with the Kerviel Société Générale Fraud. L'année 2008 avait démarré avec la découverte de la plus gigantesque perte due à des opérations de trading, 5 milliards d'euros. C'est l'affaire de la fraude à la Société Générale, ou encore affaire Kerviel. L'année 2008 se termine en bouquet final, avec la révélation de la plus gigantesque supercherie à l'investissement, dont le montant total, non encore connu, est avancé pour l'instant à 50 milliards de dollars. C'est l'affaire Bernard Madoff. La fraude Madoff On est très loin de savoir exactement ce qui s'est passé. Le mécanisme de la supercherie aurait consisté à faire croire aux investisseurs existants qu'un rendement mirifique (10, 12 % ?) pouvait leur être servi de mois en mois, mais ces gains fictifs semblaient provenir de l'apport de nouveaux investisseurs. 10 12% sont élevés mais pas tant que cela par rapport à l'évolution des marchés actions ces dernières années, avant la crise financière bien sûr. Ce qui avait éveillé la suspicion de certains investisseurs, c'était la régularité des performances positives du fonds Madoff mois après mois. Seulement 5 mois auraient affiché des pertes sur plus de 10 ans. Là encore pourtant, il est de coutume en gestion alternative d'expliquer que la performance de tels fonds est en valeur absolue, déconnectée des marchés financiers. Il s'agit d'exploiter des failles ici ou là pour en profiter le plus vite possible avant que tout le monde suive et que la faille disparaisse. Depuis combien de temps la fraude Madoff a perduré ? L'enquête le révèlera. Il est probable que la fraude n'ait pas eu lieu sur l'ensemble des années pendant lesquelles les investisseurs ont investi chez Madoff. Il est probable qu'à partir du moment où les rendements ont été insuffisants, Bernard Madoff ait pris cette mauvaise direction et ait tenté de dissimuler les véritables rendements afin de poursuivre son activité. C'est à ce moment là sans doute que le schéma de Ponzi a dû être mis en place : rémunérer les anciens investisseurs avec l'apport des nouveaux. Avec la crise financière et le retrait de nombreux épargnants, dont les fonds alternatifs notamment, la pyramide de Madoff s'est effondrée comme un château de cartes. Découverte de la fraude Ce sont des membres de sa famille qui auraient dénoncé la fraude de Bernard Madoff. Son frère Peter, son neveu Charles, sa nièce Shana et ses fils Mark et Andrew, qui travaillaient avec lui ne seraient pas au courant ? Le mercredi 10 décembre, Bernard Madoff aurait révélé à deux de ses managers que ses activités étaient en fait un schéma de Ponzi. Arrêté par le FBI le 11 décembre 2008 avant d'être libéré sous caution de 10 millions de dollars, Bernard Madoff a avoué être l'auteur d'une très importante escroquerie. Il risquerait une peine de prison allant jusqu'à 20 ans et une amende de 5 millions de dollars. Ampleur de la fraude Le montant de l'escroquerie a été annoncé initialement à 50 milliards de dollars, mais ce sont les enquêteurs qui vont inventorier les sommes réelles. Jour après jour, les investisseurs déclarent leurs expositions. Le 15 décembre, l'inventaire par l'agence Bloomberg atteignait déjà 24 milliards de dollars environ. Victimes de la fraude Ce que l'on sait, c'est que des investisseurs de tout poil, grandes fortunes, fondations, banques, fonds d'investissement, simples particuliers ont été bernés par Bernie Madoff. Quelques exemples : - Santander, 2,3 milliards d'euros, la banque espagnole avait été épargnée par la crise financière jusque là ; - Natixis, dans tous les bons coups, 450 millions d'euros ; - BNP Paribas, 350 millions d'euros, banque qui jusque là semblait relativement épargnée par la crise financière, qui du coup communique quelques jours après pour annoncer que son activité de Banque de Financement et d'Investissement a subi de lourdes pertes en octobre et en novembre 2008. Cela s'appelle le coup de la Générale au moment de la découverte de l'affaire Kerviel avec l'annonce de pertes dans les subprimes. - AXA, 100 millions d'euros dans les fonds en euros d'assurance vie, qui sont censés être sans risque, mais qui néanmoins comportent une partie actions et immobilier, bien qu'inférieure aux produits de taux sans risque. - fonds de fonds Fairfield Greenwich, 7,5 milliards de dollars, Tremont Capital Management, 3,3 milliards de dollars. Et pour le bling-bling : - Palm Beach Country Club ; - Sterling Equities, société d'investissement propriétaire de l'équipe de baseball des New York Mets ; - fondation du Prix Nobel de la Paix Elie Wiesel, fondation du cinéaste Steven Spielberg. Des autorités de régulation dépassées ou bienveillantes ? Malgré des signaux qui auraient pu constituer des alertes (certains professionnels les avaient bien interprétés et étaient restés à l'écart), comme la taille insuffisante des commissaires aux comptes par rapport aux sommes gérées, par le peu de communication financière (effet boîte noire, très marquée dans la gestion alternative et les hedge funds d'ailleurs), Bernard Madoff semble avoir su surfer sur la confiance qu'il inspirait et sur ses affinités à la SEC pour berner son monde. La SEC aurait mené 3 enquêtes en 8 ans sans rien révéler. La structure BMIS Bernard Madoff Investment Securities n'aurait plus été enregistrée depuis septembre 2006 à la SEC. Le commissaire aux comptes de Madoff, le cabinet Friehling & Horowitz aurait 3 employés seulement. Le 17 décembre, la SEC a ouvert une enquête interne après les premières constatations troublantes, selon les déclarations de Christopher Cox, Président de la SEC. La SEC aurait eu vent d'allégations crédibles au sujet de ses activités il y a des années. Recouvrement des avoirs Lee Richards, du cabinet Richards, Kibbe & Orbe, a été désigné administrateur judiciaire de BMIS. Il semble pour l'instant que le recouvrement des investissements soit très compromis. Problématique de la confiance - Madoff SG La confiance. Celle qui aveugle l'investisseur qui veut croire à ses bénéfices. Sauf le jour où il s'aperçoit qu'il perd. Et là il recouvre la vue. Bernard Madoff avait pignon sur rue et était un grand philantrope. Ancien Président du Nasdaq en 1990 et 1991. La fraude à la Société Générale ? Cette même confiance prônée par les dirigeants de la banque pour que l'opérationnel prime sur les contrôles. Cette même confiance qui fait que même lorsque des écarts sont mis en évidence par les système de contrôle, qui fait que même lorsque les réponses aux questions posées ne permettent pas de lever définitivement l'alerte, permet à un trader de dissimuler des opérations non-autorisées des mois durant. Trop de latitude laissée à un investisseur dont on ne voit qu'une boîte noire. Trop de latitude laissée à des opérationnels qui peuvent manipuler un système de saisies de données avec excès. Problématique de la complicité ou de la connaissance des faits par des tiers - Madoff SG Bernard Madoff a affirmé qu'il avait monté la pyramide à lui tout seul. Les bureaux Madoff sont situés sur la 3rd Avenue, au Lipstick Building, sur 3 étages. Le 17 ème étage, là où ses activités frauduleuses ont prospéré, a été mis sous scellé par la justice. Des membres de sa famille qui travaillent dans les même étages que lui ne seraient pas au courant. Comment est-ce possible ? Dans le scandale Madoff, comment croire que les commissaires aux comptes (même avec une structure de 3 personnes) ne puissent être avisés de la supercherie en cours depuis des années ? Dans l'affaire de la Société Générale, la connaissance des faits par des tiers avant leur découverte n'est pas encore clairement établie. Les supérieurs hiérarchiques directs ne seraient pas au courant, malgré les états de trésorerie de fin décembre qui démontrent une position favorable de plus d'1 milliard d'euros et malgré les nombreuses alertes internes et externes, notamment en provenance d'Eurex, la chambre de compensation allemande principalement concernée par les opérations non-autorisées sur les futures. Un état mensuel de situation du mois de novembre 2008 d'un client Madoff publié sur internet Bernard Madoff ne produisait pas lui-même les états justificatifs de situation de ses clients, des informaticiens, des gestionnaires, des comptables travaillaient pour lui. Voir à ce sujet http://dealbook.blogs.nytimes.com/2008/12/15/a-look-at-madoffs-trading-records/#comment-421006, article dans lequel l'auteur, Zachery Kouwe, évoque les états de situation du mois de novembre 2008 d'un client de Madoff qui bien sûr a tenu à rester anonyme. Le patrimoine investi dans Madoff par cet investisseur s'élève autour de 1,8 millions de dollars. Si j'ai bien compris ces documents, au mois de novembre, alors que les marchés sont tourmentés, Ces états intéressants montrent qu'au mois de novembre 2008, Madoff a vendu pour 1,7 millions d'euros de Bons du Trésor US pour acheter 1,7 millions d'euros en actions US. Si j'avais reçu un tel document j'aurais bondi de ma chaise bien entendu. Très probablement les actifs listés dans ces états sont fictifs, sinon les investisseurs pourraient récupérer une partie de leurs avoirs, ce qui ne semble pas être le cas pour le moment. Dans un article du 16 décembre 2008, http://news.yahoo.com/s/ap/20081216/ap_on_bi_ge/madoff_scandal_records, des faux ont été découverts permettant de cacher la situation réelle des investisseurs. Ce qui est surprenant, c'est que mettre en place des faux pour des milliers d'investisseurs, cela suppose des moyens, une organisation sans faille. Comme relevé sur les états de novembre 2008 ci-dessus, rien ne doit prêter à suspicion. Il faut que le faux apparaisse crédible. Quant on sait que certains fonds avaient pour des milliards de dollars d'exposition chez Madoff, on se pose la question de la qualité du contrôle de tels investissements et du contrôle de la réalité des fonds. La défaillance des contrôles internes a été largement mis en cause dans la fraude à la Société Générale. Le monde de la finance a autant de mal a contrôler en interne qu'en externe.
11 décembre 2008
Emission BFM Le 9 10 du mercredi 10 décembre 2008 en partie sur l'affaire Kerviel
L'émission est animée comme chaque matin par Stéphane Soumier. Ses invités ce jour là : Guillaume Dard, PDG de Montpensier Finance, Pierre-Angel Gay, rédacteur en chef de La Tribune, Christian Poyau, Président d’honneur de Croissance Plus et PDG de Micropsole Univers.
Une des 4 parties de l'émission (moins de 7 mn) a concerné la fraude à la Société Générale, en raison des derniers développements de l'affaire, à savoir la publication par des médias d'une partie des ordonnances rendues récemment par le juge Van Ruymbeke notamment, tendant à rendre seul responsable des faits le trader Jérôme Kerviel.
voir article sur mon blog http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2008/12/09/index.html
Je remarque que le mardi 18 novembre 2008, jour où ont été publiés les articles de Nicolas Cori dans Libération mettant en cause la qualité de l'instruction et la responsabilité de la Société Générale, l'émission n'a pas abordé ce thème.
Donc on en parle le jour où cela semble favorable à la Société Générale et pas l'inverse.
Le contenu des propos de l'émission du jour va encore plus loin.
Extraits.
Stéphane Soumier "et notamment le célèbre juge Renaud Van Ruymbeke qu'on ne peut absolument pas soupçonner de la moindre complicité vis-à-vis de qui que ce soit".
Curieuse façon pour un journaliste d'émettre un postulat aussi catégorique.
Surtout que juste après il ajoute : "les juges, à travers les ordonnances, et en refusant en fait l'ensemble des demandes des avocats de Jérôme Kerviel, ce qui quand même est assez spectaculaire".
Etonnant non ?
"Jérôme Kerviel était tout seul, qu'il a parfaitement dissimulé son affaire, ils ne voient pas quelle faute, quelle faute pénale a pu commettre la Société Générale"
Bien sûr, JK avait tellement parfaitement dissimulé son affaire que près de 90 alertes internes ont transité dans de nombreux services de la Société Générale. Sans compter les alertes Eurex non plus. Mais de cela pas un des intervenants ne va le développer.
Le débat va se poursuivre sur le thème de l'influence sur le cours de bourse de la Société Générale par la médiatisation de l'affaire.
Guillaume Dard parle de JK comme d'un "Arsène Lupin, sans violence que les français ont bien aimé .. je pense que les juges ont bien raison .. il faut être vraiment un maniaque de la théorie du complot pour croire que c'était la Générale qui .. fermait les yeux".
Cet intervenant souligne que les récents développements vont dans le sens d'un risque moindre vis-à-vis d'éventuelles class actions aux Etats-Unis, "et donc cela éviterait que la Société Générale ait à payer paradoxalement une indemnité sur le fait qu'elle ait perdu de l'argent.. qui sont des logiques qui nous échappent un peu".
Ah bon ? Et lorsque la Commission Européenne lance des procédures contre la France pour non-respect des engagements de Maastricht (déficit inférieur à 3% du PIB) avec des amendes à la clé, n'est-ce pas la même logique ? Il faut bien contraindre ceux qui ne respectent pas leurs engagements, on va pas leur verser de l'argent non plus ?
Pierre-Angel Gay "depuis le début on connaît l'histoire .. on a bien vu après qu'il y avait une communication organisée ...oui on aurait facilité une OPA .. on ne se serait pas pris autrement".
Et Stéphane Soumier de faire le lien avec la Rosbank. Même si lui-même en doute "la France n'a eu besoin de personne pour prendre le parti de Jérôme Kerviel".
Comme si les oligarques russes ayant des intérêts dans la banque russe Rosbank avaient eu intérêt à promouvoir une communication pro Kerviel susceptible de mettre en danger la Société Générale.
En terme de théorie du complot ils sont pas mal non plus ceux-là !
Pierre-Angel Gay, rédacteur en chef de La Tribune : "j'ai été absolument sidéré de voir un de nos confrères récemment faire une page complète accusant le juge Van Ruymbeke de ne pas faire son travail ...le parti pris était devenu tel ...c'est une histoire triste ...histoire un peu minable, marginale".
Le confrère en question est sans doute Nicolas Cori de Libération.
Une histoire marginale ? 5 milliards d'euros de perte, comme si des mois pendant lesquels de nombreux services de la Société Générale n'ont rien vu, des comptes 2007 faux. Une histoire marginale ? Comme si les dérives des salles de marché et des traders, confère le scandale également des Caisses d'Epargne et de Boris Picano-Nacci, c'était du marginal ?
La Tribune, rompez les rangs.
Les débats se poursuivent sur le thème du mode de rémunération des traders, en faisant le lien entre performance et bonus, thème abordé de manière assez pertinente par les intervenants.
Mais alors la fin est grotesque.
Guillaume Dard, PDG de Montpensier Finance : "moi je trouve, de cette affaire Kerviel, qui est finalement sans grand intérêt, il faut quand même le dire".
Une affaire sans grand intérêt ! Je souhaite à ce Monsieur d'avoir la même réflexion au cas où un jour sur son compte en banque il manquerait ne serait-ce que 5 000 euros. Sans grand intérêt.
J'aimerais d'ailleurs, sans rapport avec le sujet initial, mais cela me démange, bien savoir si les 3 personnes invitées touchent de l'argent (et combien) pour, à 4 (les 3 intervenants et le journaliste) parler sur une heure d'émission en temps réel 30 minutes, ce qui fait 7 minutes 30 par personne dans l'heure. Alors qu'elles ont apparemment des responsabilités professionnelles importantes et théoriquement prenantes par ailleurs.
09 décembre 2008
Article de l'AFP du 8 décembre "Une confrontation Kerviel/directeur Socgen reportée à la demande de Kerviel"
Lien vers l'article http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_societes.phtml?&symbole=1rPGLE&news=6166833 Refus des juges d'accepter une expertise indépendante sur le débouclage des positions non-autorisées On apprend que pour des raisons de procédure cette confrontation entre Jérôme Kerviel et le directeur juridique de la banque Gérard Gardella a été reportée. Elle devait avoir lieu lundi 8 décembre. Les juges Van Ruymbeke et Desset auraient surtout, selon l'article, refusé vendredi dernier une demande de réalisation d'expertises informatiques. Là c'est incroyable ! Pourquoi faire confiance à la Société Générale pour le montant du préjudice de 6,4 milliards d'euros sans qu'une expertise informatique indépendante ait pu s'assurer de leur réalité et de leur authenticité ? Ce ne sont pas les services internes de la banque ni les commissaires aux comptes Ernst & Young et Deloitte (en conflit d'intérêt sur de nombreux sujets dans cette affaire où leur professionnalisme est mis en cause, les comptes 2007 erronés et le manque de fiabilité du processus d'établissement des états financiers, l'opinion sur le contrôle interne, la non-détection de la fraude malgré des multiples alertes d'écart compta - front depuis mars 2007) qui peuvent servir de garantie à ce sujet. Une expertise informatique indépendante est indispensable ! La Société Générale aurait-elle des choses à cacher dans les opérations de débouclage ?
08 décembre 2008
Article du Figaro du 8 décembre "Le revirement des juges à l'égard de Kerviel" par Mathieu Delahousse
lien vers l'article 1) Un schéma impliquant 67 salariés de la SG Selon cet article, Jérôme Kerviel aurait dressé une liste de 67 salariés de la Société Générale ayant été destinataires de données explicites. Parmi les 67 salariés concernés : - 7 supérieurs hiérarchiques ; - salariés de la Direction Financière, de la Direction du Risque et des services de contrôle. Jusque là la défense du trader n'est pas parvenue à convaincre les juges que des salariés étaient au courant. L'expression "destinataires de données explicites" a sans doute pour objectif de faire à nouveau entendre la formule "la SG ne pouvait pas ne pas savoir". 2) Autres sujet, la demande rejetée par les juges de la confrontation avec Daniel Bouton. Les avocats du trader ont fait appel de l'ordonnance des juges, en arguant que le PDG (qui n'est plus que P. aujourd'hui) avait présenté dans les documents de référence de la banque les différents niveaux de contrôle interne. Encore un thème abordé dans mon livre : Chapitre IX Le contrôle interne à la Société Générale page 104 Le rapport du Président du Conseil d'administration de la Société Générale sur le contrôle interne dans les documents de référence 2007 et 2008
page 105 Le premier niveau de la supervision permanente, au niveau de l'agent Jérôme Kerviel, a failli. Le second niveau reposait sur sa hiérarchie. La seule revue du book de Jérôme Kerviel par un de ses supérieurs hiérarchiques aurait suffi à se rendre compte de la fraude. Comment le second niveau de la supervision permanente n’aurait-il pas failli ?
page 106 Or, c'est le Président du Conseil d'administration de la Société Générale, qui lui-même, dans ce rapport, a défini que le contrôle interne opérationnel devrait être assuré par la supervision permanente.
en conclusion La pierre angulaire du contrôle interne opérationnel définie par le Président du Conseil d'administration lui-même repose en effet sur le concept de surveillance permanente, qui définit un premier niveau sur l'agent et un second niveau sur sa hiérarchie. La défaillance de la surveillance permanente, donc du contrôle interne opérationnel, implique donc directement le Président. C'est article contre article en ce moment.
05 décembre 2008
Rejet de la demande de confrontation de Jérôme Kerviel avec Daniel Bouton : confusion sur les niveaux de hiérarchie et enjeux su
Un article de l'AFP du 4 décembre 2008 intitulé "SocGen: les juges rejettent une demande de confrontation de Kerviel avec Bouton " voir le lien sur Boursorama http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_societes.phtml?&symbole=1rPGLE&news=6159320 indique que les juges Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset ont rejeté la demande de confrontation par la défense de Jérôme Kerviel de Daniel Bouton, PDG de la banque au moment des faits avec le trader. Cela serait "sans aucun intérêt pour la compréhension des faits dont nous sommes saisis". En cela je rejoins le point de vue des juges, puisque l'on a bien pu se rendre compte notamment avec les déclarations initiales du PDG de la banque de sa méconnaissance technique du dossier. C'est vrai que dès que les très hauts dirigeants de la banque ont été mis au courant de la situation fin janvier 2008 ils y ont mis fin. Très probable qu'ils aient également mis fin fin juin 2007 s'ils avaient été au courant, puisque les pertes latentes étaient de 2 milliards d'euros. Là où le PDG d'alors devrait s'expliquer, et même démissionner de toute fonction, c'est vis-à-vis de ses actionnaires, vis-à-vis des organes de régulation pour lesquels il a pondu les fameux rapports de gouvernance Bouton. Dans le rapport du Président sur le contrôle interne inclus dans le document de référence, les procédures de contrôle interne du Groupe sont détaillées de manière synthétique. Le Président doit en assumer la responsabilité de leur défaillance. Que l'un des avocats qui défend les intérêts de la Société Générale, Maître Jean Veil, puisse en conclure que "les déclarations de M. Kerviel selon lesquelles sa hiérarchie était au courant sont ainsi clairement démenties", c'est aller trop vite en besogne. Voir notamment l'un de mes précédents articles à ce sujet du 2 décembre Article du Monde du 1 décembre 2008 "le juge Van Ruymbeke à Jérôme Kerviel "Pourquoi inventez-vous des histoires ?"" et le commentaire de JeanGuy78. On ne sait toujours pas si les autres demandes d'actes formulées par les avocats de JK ont été acceptées. Notamment une expertise informatique indépendante sur le débouclage. Je voudrais revenir sur les enjeux d'une telle demande. Non pas que la responsabilité absolue de JK en serait effacée, mais il s'agit d'apprécier sa responsabilité relativement à la Société Générale, dont les défaillances multiples ont surgi dans cette affaire. Il s'agirait d'apprécier dans quelles conditions la perte de débouclage a été générée. Quelle est la réalité de cette perte ? Est-ce qu'une partie de cette perte n'est pas imputable à la Société Générale ? Qui aurait pu bénéficier de cette perte ? Il convient de prouver que la Société Générale directement ou indirectement n'est pas elle-même contrepartie d'une partie des positions débouclées. On a pu apprendre qu'une stratégie de couverture adoptée au cours du débouclage avait permis de couvrir 10 000 contrats FDAX le mercredi 23 janvier 2008. Les avocats de JK considèrent également que c'est au pire moment que les positions ont été débouclées. L'existence (que je mets en évidence dans mon blog) de dizaines de milliards d'euros de positions (source présentation des résultats SG en 2008) qui ont également généré des pertes de milliards d'euros par la crise financière montre que la Société générale détenait dans ses comptes des positions à risque équivalentes à celles de JK. Voir également les remarques effectuées sur l'évolution de la trésorerie du compte SG Fimat Francfort du mois de juillet 2007. La capitalisation boursière de la SG a fondu de plusieurs dizaines de milliards d'euros depuis début 2008 et pourtant la banque n'a pas fait faillite. Or ce n'est pas en 3 jours que les positions débouclées en toute hâte auraient pu générer une telle perte. Une chute conséquente équivalente des cours des FDAX et FESX aurait eu également pour conséquence une crise systémique grave qui n'aurait pas manqué de provoquer un séisme pour l'ensemble du secteur financier. Même si perte comptable et capitalisation boursière ne sont pas identiques bien sûr, ces notions sont liées. Il s'agirait de considérer en fait qu'au moment de la découverte des positions non-autorisées de JK, la perte totale atteignait 1,3 milliards d'euros, décomposée en 1,4 MdE de gain réel fin 2007 et d'une perte latente de 2,7 MdE au soir 18 janvier 2008. En gain de 1,4 MdE fin 2007, en perte de 1,3 MdE le 18 janvier 2008. C'est la vie d'une banque qui prend des risques sur les marchés. Sauf que JK n'y était pas autorisé me direz-vous et vous aurez raison de m'opposer cette remarque. Sauf que le système mis en place permettait une prise de risque qui pouvait permettre de dépasser les limites : - alertes de dépassement et d'écart non apurées ; - système d'information dépassé (cf chantier mis en place depuis) ; - contrôle interne insuffisant (cf chantier mise en place depuis), par exemple absence de contrôle sur les nominaux ; - calcul d'une VaR Value at Risk qui élimine les éléments les plus extrêmes, autant dire que les opérations JK ne rentreraient pas dans le calcul de la VaR qui du coup ne reflète pas la réalité de la situation ; - culture du risque et priorité à l'opérationnel, surcroît de confiance accordé. Bien sûr que celui qui part avec une voiture qui ne lui appartient pas doit être condamné. Voiture qui se trouvait dans un endroit désert depuis plusieurs mois et dont le conducteur avait laissé les clefs à l'intérieur. Et la dissimulation ? Ah oui celui qui est parti avec la voiture a changé les plaques d'immatriculation, le propriétaire comptait sur des centaines de caméras qu'il avait en fait mis en place à la sortie de l'endroit désert. Caméras qui n'ont vu que du feu puisqu'elles étaient configurées pour contrôler la plaque d'immatriculation. Que les tricheurs soient punis. Les incompétents aussi.
02 décembre 2008
Article du Monde du 1 décembre 2008 "le juge Van Ruymbeke à Jérôme Kerviel "Pourquoi inventez-vous des histoires ?""
A la lecture de l'article de Claire Gatinois et Anne Michel le message est très probablement passé par les avocats de Jérôme Kerviel :
"Renaud Van Ruymbeke a manifesté une certaine impatience, proche de l'agacement, envers le trader".
Libération dans le camp des avocats de Jérôme Kerviel, Le Monde dans celui des avocats de la Société Générale. Il serait possible de compléter ce panorama des forces en présence, mais je préfère commenter certains passages de l'article.
Il semble que la stratégie des avocats de Jérôme Kerviel de convaincre le juge de la connaissance par la Société Générale des agissements du trader se heurte à certaines limites que mes travaux ont cerné.
Tout d'abord, ce n'est pas parce que des alertes ont montré des anomalies que les responsables étaient au courant. Les avocats de JK ont opté pour tenter de montrer que des supérieurs de JK étaient au courant dès le premier semestre 2007. Personnellement je ne crois pas à cette version des faits.
En revanche, je persiste, il aurait fallu se concentrer sur les alertes d'Eurex de novembre 2007 et le fameux mail qu'Eric Cordelle n'aurait pas lu (concernant 6 000 contrats FDAX représentant près d'1 MdE) et dont il avait déclaré à la justice dans une déposition qu'il "aurait sauté au plafond".
C'est là où se tient une certaine logique : à cette période les opérations de JK dégageaient un gain substantiel, leurs supérieurs étaient sur le point d'en tirer profit par le résultat dégagé par JK fin 2007, même s'il ne représentait qu'une petite partie des 1,4 MdE ; si les supérieurs, s'ils avaient été au courant, et que les positions non-autorisées aient alors été connues au plus haut niveau, nul doute que de tels bonus aient alors été remis en question.
Eric Cordelle aurait "sauté au plafond". Sous-entendu, cela l'aurait tellement impressionné qu'il n'aurait pas manqué de passer à côté de ce qui se passait réellement ?
La question cruciale, puisqu'Eric Cordelle a affirmé qu'il aurait "sauté au plafond", c'est : l'a-t-il lu oui ou non ?
Comment croire qu'un tel mail n'ait pas été lu, alors qu'il est le supérieur hiérarchique direct de JK ? Sa réponse, qui consistait à botter en touche parce qu'il avait 200 à 300 mails par jour, n'était pas satisfaisante.
Tout cela figure dans mon livre.
Et c'est là où le juge Van Ruymbeke aurait pu s'agacer de la réponse d'Eric Cordelle, tout comme il semble s'être agacé de la réponse de JK.
Et plus généralement, se poser la question, mais qui l'a lu ce mail ? et de s'agacer des réponses de la SG.
Autres commentaires sur des passages de l'article
1)
"Le trader semble alors mis en difficultés quand le juge l'interroge : "Vous avez dit que Martial Rouyère (l'un de ses supérieurs) était au courant des dizaines de milliards de positions directionnelles que vous aviez prises en janvier 2008..." "Je ne suis pas sûr qu'on ait parlé de ces engagements (...)", dit M. Kerviel."
JK pense probablement aux engagements du troisième trimestre 2007, ce qui serait cohérent avec ce que je viens d'écrire plus haut.
2)
"L'échange se poursuit, en conséquence, sur les fameuses alertes qui auraient dû permettre à la direction de la Société générale à mettre fin à ses agissements. Mais, "en réponse à ces contrôles, vous avez fourni de fausses explications, rappelle le juge. Cela vous a permis de continuer à masquer vos positions et surtout la perte que vous subissiez à l'époque. (...) Pourquoi n'avez-vous pas tout simplement dit la vérité ?""
Selon moi c'est différent de cacher à ses supérieurs ou de cacher aux plus haut dirigeants et au Directeur Financier par exemple. Personne n'avait compris selon moi à partir des alertes internes déclenchées. Comme déjà expliqué dans ce blog, sans dissimulation, la Direction Financière aurait compris et tout se serait arrêté fin juin 2007.
N'hésitez pas à réagir surtout si vous n'êtes pas d'accord.
01 décembre 2008
Polémique sur le débouclage en urgence par la Société Générale des positions de Jérôme Kerviel
Controversy over the urgent sale by the Société Générale of Jerome Kerviel's positions (for english please use translator tool).
La Société Générale n'avait-elle pas à ce même moment des positions à risque de taille comparable pouvant avoir le même impact défavorable ?
Retour sur le communiqué du 27 janvier 2008 de la Société Générale :
"Cette position frauduleuse doit impérativement être débouclée dans les plus brefs délais, en raison des risques liés à sa taille. ... Les conditions de marché sont très défavorables".
La Société Générale avait justifié la décision de déboucler en toute hâte les positions non-autorisées découvertes le 19 janvier 2008 par le risque de faillite de la banque, puisque les engagements découverts étaient valorisés à hauteur de 49 MdE le 18 janvier au soir, d'une taille comparable aux fonds propres de la banque. Ces derniers sont estimés à 46 MdE à fin 2007.
Il est communément admis que la décision de déboucler en urgence pour ne pas exposer la Société générale à la faillite était indispensable.
Du 2 au 18 janvier 2008, Jérôme Kerviel avait pris des engagements sur les futures DAX, DJ Eurostoxx 50 et Footsie s'élevant à 52 milliards d'euros. Ces positions, au moment de leur découverte, accusaient une perte latente de 2,7 milliards d'euros.
Aujourd'hui la capitalisation boursière de la Société Générale n'est plus que de 19 milliards d'euros. Soit environ 27 MdE de moins par rapport à fin 2007, malgré une augmentation de capital de 5,5 MdE en février 2008.
Au cours de l'année 2008, la capitalisation boursière de la Société Générale a perdu plusieurs dizaines de milliards d'euros, et pourtant la Société Générale n'a pas fait faillite.
A combien seraient valorisées ces positions le 28 novembre au soir ?
Selon les cours de clôture des FDAX, FESX et FTSE, les positions qui valaient 49,4 MdE le 18 janvier vaudraient alors (hors effet de change sur le FTSE) 30,7 MdE, soit une dégradation de 18,7 MdE environ. Ajoutée à la perte latente au 18 janvier 2008 au soir de 2,7 MdE, cela donne une perte de 21,4 MdE totale.
Or, depuis fin 2007, la capitalisation boursière de la SG a perdu environ 27 MdE. Et la Société Générale n'a pas fait faillite.
Même si d'autres éléments que des pertes influent sur le cours de bourse, cela n'est pas sans lien. La Société Générale avait donc également dans ses comptes des positions ouvertes de taille significative susceptibles de nuire à sa capitalisation boursière.
C'est ce qui s'est passé avec la crise des subprimes et la crise financière de manière générale.
Les positions non-autorisée de JK ont fait perdre au total 4,9 MdE à la Société générale entre 2007 et 2008 ?
Selon la propre présentation par la Société générale des résultats du 3ème trimestre 2008, le total de l'impact négatif sur le PNB des éléments non récurrents (crise financière) de T3 2007 à T3 2008 s'élève à -4,7 MdE (dont -2,1 pour T4 2007, -1,2 pour T2 2008, -1,1 pour T3 2008).
-4,9 ? -4,6 ? En terme d'impact sur le résultat de la SG, c'est très comparable.
Plus déroutant encore, la recherche des engagements de la SG ayant occasionné ces pertes.
4,9 MdE. C'est l'exposition brute au 31 décembre 2007 des CDO non couverts exposés à l'immobilier résidentiel aux Etats-Unis.
22,9 MdE. C'est le montant notionnel brut des instruments couverts à 100% sur des CDO marché résidentiel US et hors US, sur des CLO de Crédits Corporate, sur des financements d'infrastructures et autres financements structurés. Quand de telles couvertures ont-elles été acquises ? Au 30 juin 2008, ce montant était déclaré à 13,5 MdE. Aucun montant n'apparaît dans le document de référence actualisé pour les comptes du 31 mars 2008.
7,4 MdE. C'est le montant au 31 mars 2008 du portefeuille d'actifs repris par la BFI à SGAM.
3,0 MdE. C'est le montant au 31 mars 2008 du portefeuille d'actifs repris par la Gestion Propre à SGAM.
19,4 MdE. Ce sont les actifs au 31 mars 2008 SPV (Special Purpose Vehicles véhicules ad hoc, ou conduits commerciaux multi-cédants) sponsorisés par SGCIB.
Cet inventaire des engagements de la SG dans des actifs qui ont occasionné des pertes considérées par la SG comme non-récurrentes suite à la crise financière montre que le niveau de tels engagements ou positions est de l'ordre de la 50 aine de milliards d'euros également.
Conclusion
Quand on sait maintenant qu'une stratégie de couverture a été utilisée par la Société Générale lors du débouclage pour que le mercredi 23 janvier 2008 10 000 contrats FDAX valorisés 1,9 MdE le 18 janvier 2008 soient couverts et n'occasionnent pas de perte supplémentaire en cas de baisse.
Quand on comprend aujourd'hui que des dizaines de milliards d'euros d'engagements divers (CDO, subprimes, autres) pris par la SG ont occasionné pour l'instant 4,6 MdE de perte, soit le même impact finalement que les positions de JK.
Quand on observe aujourd'hui que la capitalisation boursière de la SG a perdu environ 30 milliards d'euros depuis janvier 2008, tout en n'ayant pas fait faillite.
Alors il convient de reconsidérer l'idée communément admise selon laquelle le débouclage en toute urgence des positions non-autorisées de Jérôme Kerviel devait être effectué dans l'urgence et la précipitation.
Débouclage qui dans de telles conditions a pu aggraver la perte : pression sur les marchés, absence d'optimisation des stratégies de couverture, ...