Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête Livre

Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête. Des inédits sur les commissaires aux comptes, sur les comptes, sur le contrôle interne, sur les chiffres de la fraude. Livre en vente sur Amazon.

05 mars 2009

Résultats 2008 : Qui a eu recours à l'amendement de la norme comptable IAS 39 ?

Un premier article avait fait le point sur le sujet concernant précisément la Société Générale http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2009/02/18/index.html : "Analyse des résultats 2008 de la Société générale : 2 milliards d'euros de bénéfice en trompe l'oeil !"

Retour sur le principe :

Le 15 octobre 2008, la Commission européenne adopte le règlement CE 1004/2008 relatif aux amendements des normes IAS 39 "Instruments financiers : comptabilisation et évaluation" et IFRS 7 "Instruments financiers : informations à fournir".

Le principe consiste, pour des actifs dont "l'entité a l'intention et la capacité de détenir l'actif financier dans un avenir prévisible ou jusqu'à son échéance" et qui étaient juste là valorisés selon le principe de la juste valeur, à décider à une date postérieure au 1er juillet 2008, de les reclasser en prêts et créances, en les valorisant à cette date à son nouveau coût.

Cette décision révèle le caractère facultatif de l'application de cet amendement.

Pour les principaux établissements bancaires de France, le tableau ci-dessous permet d'inventorier l'impact sur les résultats avant impôt du recours à l'amendement à la norme comptable IAS 39 adopté en octobre 2008 par l'Union Européenne :

en milliards d'euros

Date de transfert

Valeur comptable du transfert à date de transfert

Impact sur le résultat avant impôt sans reclassement

Société Générale

01 octobre 2008

28,6

-1,5

BNP Paribas

01 octobre 2008

7,8

-0,4

Crédit Agricole

01 octobre 2008

12,0

(a) -0,7

Caisses d'épargne

01 juillet 2008

25,5

(b) -0,2

Banques Populaires

N/A

0

0

Dexia

01 octobre 2008

101,0

non significatif

Total

174,9

-2,8

(a) impact sur résultat net sans reclassement de - 498 millions d'euros, donc avec 33,3 % d'impôt sur les sociétés, en rajoutant le quatrième tiers (par référence à la fameuse règle des trois tiers pour le gâteau qui oublie le quatrième tiers, mais qui représente en fait 50 % du gâteau, pour ceux qui arrivent à suivre !), cela donne - 747 millions d'euros.

(b) indication selon les Caisses d'Epargne d'un impact sur le résultat sans précision avant ou après impôt

De manière étonnante, l'impact sur le résultat du reclassement de 101 milliards d'euros de Dexia et de 25,5 milliards d'euros des Caisses d'Epargne est limité.

Au total, -2,8 milliards d'euros pour les banques citées n'est pas si élevé, mais est-ce que les actifs reclassés ne vont pas continuer à être dépréciés par la suite, trimestre après trimestre ?

Les précisions sur la nature des actifs reclassés sont en général assez limitées, soit des actifs disponibles à la vente (ou AFS Asset For Sale), soit du portefeuille de trading, qu'on a pu mieux identifier dans le cas de la Société Générale, voir l'article http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2009/03/04/index.html "La Société Générale veut faire croire que l'exposition de son portefeuille de trading a baissé au 4ème trimestre 2008."

La recherche d'autres établissements financiers européens ayant eu recours à cet amendement pour reclasser des actifs sur google n'est pas très concluante.

Toutefois, d'autres banques européennes ont bien eu recours à cet amendement puisque Deutsche Bank, dès ses résultats du 3ème trimestre 2008, avait utilisé l'amendement pour reclasser au 1er juillet 2008 24,9 milliards d'euros d'actifs, ce qui, sans reclassement, aurait eu un impact défavorable sur le résultat avant impôt de 825 millions d'euros.

Du coup j'ai élargi mes recherches. Pas de trace d'IAS 39 dans les résultats du 4 ème trimestre d'ING, de Santander, d'HSBC, de Barclays.

Cet amendement ne semble en tout cas pas avoir fait l'unanimité.

Dans un article du Financial Times du 21 octobre 2008 intitulé "Further changes threaten accounts" http://www.ft.com/cms/s/0/28338ae2-9f09-11dd-98bd-000077b07658.html?nclick_check=1, de nombreux financiers écrivent qu'un tel amendement risque de diminuer la confiance dans les comptes produits par les groupes européens.

C'est un fait, il semble inique qu'une société puisse décider de reclasser ou non, conduisant à des impacts, on l'a vu pour la Société Générale, de plus du milliard d'euros sur le résultat avant impôt en un seul trimestre, officialisant ainsi la capacité de "piloter" le résultat à grande échelle.

La lettre termine ainsi "Now especially, investors need comparability and transparency, not further uncertainty and inconsistency."

Et en effet entre ceux qui ont recours à l'amendement et les autres, la comparabilité des comptes devient difficile.

Seules les banques françaises semblent avoir quasiment systématiquement eu recours à cet amendement.

C'est à croire que les banquiers français se réunissent de temps en temps et disent "bon, alors, pour les comptes de cette année, on fait quoi ?".

Du coup, lorsqu'on entend ou qu'on lit ici où là que les banques françaises résistent mieux que d'autres à la crise des subprimes, force est de tempérer que l'amendement à la norme IAS 39 contribue à reporter des pertes que d'autres annoncent.

Encore une exception française ?

Cet article pourra être modifié au fur et à mesure que d'autres résultats de société permettront d'identifier celles qui ont recours à l'amendement à la norme IAS 39.

Posté par Olivier Fluke à 10:38 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Salut Olivier? Tres bon article. Une question de sentiment. Penses-tu que le Credit Agricole SA va supporte coute que coute Calyon si leur situation continue de se deteriorer et cela en depit du restructuring qu'ils ont annonce en Septembre. CA ne les guarantit toujours pas. Je suis curieuse d'avoir un autre avis.
Marlene
San Francisco, USA

Posté par Marlene, 06 avril 2009 à 22:28

@ Marlène

Bonjour, merci pour ton intérêt. Je ne pense pas connaître suffisamment le dossier pour apporter un avis plus pertinent. Mon sentiment sur ta question, c'est que coûte que coûte non. Il serait toutefois surprenant que les banques d'investissement voient leur situation se dégrader encore plus. Avant d'en arriver là, la tendance est également à la mise en commun des structures (exemple CA et SG). Olivier

Posté par Olivier Fluke, 07 avril 2009 à 11:01

un grand merci pour ce récapitalatif et les liens associés.
Il faudra nécessairement restaurer la confiance compte tenu du contexte..
Et ce n'est pas gagner.

Posté par Immo, 29 juin 2009 à 18:19

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