07 mai 2009
Affaire du portefeuille SGAM (suite) : les précisions de la Société Générale dans la publication des résultats du 1er trimestre
Jeudi 7 mai 2009, la Société Générale vient de publier les résultats du premier trimestre 2009.
Dans mon blog d'investigation financière généraliste, je publierai très prochainement un article démontrant comment les résultats du premier trimestre 2009 publiés à ce jour par les grandes banques montrent que rien n'a changé dans les dérives des rémunérations dans le monde de la finance. Quand tout va bien des centaines de millions d'euros partent dans les rémunérations variables, et quand tout va mal ce sont les Etats qui renflouent.
Mais j'attendais des précisions sur les données chiffrées du portefeuille SGAM repris par la Société Générale.
Elles apparaissent dans les pages 30 31 et 32 des annexes.
Rappel de l'article de l'AFP du 27 avril 2009 citant le patron de SGAM, Jean-Pierre Mustier :
"Début 2008, le groupe Société Générale a ainsi racheté à sa filiale SGAM l'équivalent de 11,2 milliards d'euros d'actifs. Sur ce total, 10,4 milliards ont été transférés à SG CIB (filiale de banque d'investissement) et 800 millions à la "gestion propre", a précisé M. Mustier."
Or la page 31 de la Société Générale montre qu'au 31 décembre 2007, les actifs du Groupe SGAM repris par la Société Générale s'élèvent déjà à 5 milliards d'euros. Au 31 mars, le montant atteint 10,4 MdE (cohérent avec la valorisation affichée jusqu'alors par la SG).
Pourquoi cette évolution ?
Effet des reprises d'actifs 8,2 MdE, Effet résultat -0,4, effet capitaux propres -0,1, effet remboursements et amortissements -0,2, effet des cessions en mark-to-market -2,4.
Les propos de Jean-Pierre Mustier rapportés par l'AFP n'étaient pas donc corrects quant il déclarait que début 2008 l'équivalent de 11,2 MdE d'actifs avaient été rachetés. Il y en avait déjà pour 5 MdE fin 2007 et 8,2 MdE ont été transférés au premier trimestre 2008.
D'ailleurs, sans précision de montant, le document de référence 2008 de la SG (comptes 2007), n'évoque ce fait qu'en Note 46 Evénements postérieurs à la clôture :
"Gestion d'actifs
Le rachat d'actifs en provenance des fonds SGAM investis dans des sous-jacents de type crédit pourrait se prolonger au cours du premier trimestre 2008 et, compte tenu de la situation des marchés de crédit, entraîner de nouvelles décotes de valorisation".
L'annexe 4 publiée dans le document de référence 2009 (comptes 2008) montre un impact de -166 ME dans la rubrique "décote sur portefeuille d'ABS européens vendus par SGAM" contre -1 210 ME en 2008.
Par ailleurs, l'écart entre les 11,2 et les 10,4, de 0,8 concerne des actifs sous-jacents à des fonds ayant vocation à être démantelés. Leur valeur en mark-to-market fin décembre 2008 et fin mars 2009 s'élève à 0,1 MdE. La Société Générale ne confirme pas, comme JP Mustier, si cela relève de la Gestion Propre. Mais, comme je l'indiquais dans mon précédent article sur le sujet, la part du portefeuille SGAM transféré qui incombe à la Gestion Propre ou à la BFI est incohérente selon que l'on lit l'article de l'AFP ou les informations spécifiques de la Société Générale.
Autre citation de Jean-Pierre Mustier, sur les montants de cessions en 2008 :
"A la fin du premier trimestre, sur ces 11,2 milliards, nous avons passé 166 millions de dépréciations", détaille M. Mustier. Fin juin, le portefeuille avait été réduit à 8,9 milliards d'actifs après 84 millions de dépréciations et 2,2 milliards d'actifs vendus sur le marché. A la fin septembre, il s'élevait à 7,1 milliards d'euros, après 380 millions de dépréciations et 1,4 milliard d'euros de cessions. Et à fin 2008, il affichait un encours de 5,3 milliards, après une nouvelle dépréciation de 580 millions et une cession de 1,2 milliard d'euros.
Le total des cessions déclaré s'élevait pour 2008 à 4,8 MdE. C'est contradictoire avec les chiffres fournis par la Société Générale, non seulement sur le total (certes de peu, donc là-dessus cela peut passer, 4,6 MdE en mark-to-market, 4,9 MdE en valeur nominale amortie), mais surtout sur le timing (selon SG 2,4 MdE en MtM fin mars 2008, 2,2 MdE en MtM pour le reste de l'année).
Jean-Pierre Mustier se serait trompé sur les périodes de cession dans sa communication.
Tout cela n'est pas sérieux.
Combien de personnes à la Société Générale ont été concernées par ces chiffres, entre la Direction Financière, la Communication, les opérationnels de SGAM ou BFI ?
Ensuite, la nouveauté des données chiffrées publiées par la Société Générale le 7 mai 2009 tient dans l'explication complète du passage de valeur des actifs repris de période à période.
Ainsi, les 10,4 MdE à fin mars 2008 passent à 5,3 MdE à fin décembre 2008 pour les raisons suivantes :
+ 10,4 valeur mark-to market à fin mars 2008
-1,0 effet sur le résultat (cohérent avec l'annexe 4), décote
- 0,4 effet sur les capitaux propres (OCI Other Comprehensive Income ?)
-2,2 effet des cessions en mark-to-market (incohérent avec les propos de JP Mustier)
-1,5 effet des remboursements et amortissements
+ 5,3 valeur mark-to market à fin décembre 2008
On ne connaît pas la part dans les 1,5 MdE des remboursements et des amortissements (qui dit diminution de la valorisation par l'amortissement dit dotation, avec quel impact sur le résultat) ?
En tout cas, la Société Générale reste sur sa position initiale. En 2008, l'impact sur le résultat négatif du portefeuille SGAM transféré s'élèverait à 1,4 milliards d'euros, dont 1,2 en BFI et 0,2 en Gestion Propre.
Alors quid des propos de Jean-Pierre Mustier ?
"Quant aux actifs restants, environ 5,3 milliards d'euros, la banque "n'a pas de pression particulière pour les vendre" car ils vont arriver à échéance d'ici 3 à 4 ans. En outre, M. Mustier souligne que ce portefeuille n'est composé que d'obligations européennes et qu'il a déjà été déprécié en moyenne de 29%."
A supposer que ses propos soient crédibles (eux qui ne l'étaient pas sur d'autres points comme souligné plus haut), où se retrouvent ses dépréciations ? Dans les amortissements ?
Calculons la décote : au maximum 1,5 / (5,3 +1,5) = 22% ou si Mustier a calculé le 29% à partir de la valeur MtM (ce qui n'est pas pertinent), 1,5 / 5,3 = 28 %, hum. Et encore faudrait-il que dans l'effet remboursements et amortissements l'effet remboursements soit nul.
L'incohérence demeure sur la cohérence entre le taux de dépréciation des actifs restant à fin 2008 et les impacts sur le résultat communiqués pour 2008.
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