pourquoi le bénéfice du doute profiterait-il à la Société Générale ?

Cette formulation est la transposition aux supérieurs hiérarchiques de Jérôme Kerviel de celle appliquée à Thomas Mougard, l'ex-assistant du trader., dans l'ordonnance de renvoi des juges d'instruction.

Dans l'affaire de la fraude à la Société Générale, deux événements importants récents ont fait l'objet de nombreux articles de presse.

Lundi 31 août, on apprenait que les juges d'instruction ont renvoyé Jérôme Kerviel devant le tribunal correctionnel.

On apprenait plus tard que le vendredi 28 août, la Cour de Cassation va examiner si le pourvoi formulé par le nouvel avocat de JK, Maître Olivier Metzner, de poursuivre l'instruction, est recevable. Si tel est le cas, les demandes d'investigation supplémentaires devront être honorées par l'instruction.

Un article du 2 septembre 2009 publié par France Soir et intitulé Nouveau rebondissement après son renvoi devant le tribunal, cite l'ordonnance de renvoi de 73 pages.

Des extraits publiés dans Le Figaro ont déjà fait l'objet d'un article pour en critiquer l'incohérence.

http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2009/07/06/14311519.html Fraude à la SoGé. Les extraits du réquisitoire du parquet de Paris à l'encontre de Jérôme Kerviel à l'épreuve. Recalés !

D'après France Soir, "L'ancien assistant de Jérôme Kerviel, Thomas Mougard, mis en examen pour complicité d'introduction frauduleuse de données dans un système informatisé, a bénéficié d'un non-lieu. Les juges estiment qu'un "doute existe sur la connaissance" qu'il avait des positions prises par Jérôme Kerviel.""

C'est la meilleure !

Le bénéfice du doute se fait au profit de Thomas Mougard ! Et pourquoi donc ?

Si une telle formulation est possible à l'encontre de Thomas Mougard, qu'en est-il des supérieurs hiérarchiques directs de Jérôme Kerviel, n+1, n+2, n+3, donc de la Société Générale ?

Car le point crucial dans cette affaire, c'est qu'il suffit qu'un autre collaborateur de la Société Générale (un supérieur hiérarchique opérationnel ou bien un collaborateur d'une activité transversale) ait été au courant pour que la Société Générale se retrouve le bec dans l'eau, ou plutôt (par référence à certaines publicités), le doigt dans le pot de confiture.

N'existe-t-il pas un doute sur la connaissance par les supérieurs hiérarchiques directs de Jérôme Kerviel des positions prises ?

Je me répète, mais Eurex a alerté la Société Générale deux fois en novembre 2007, notamment sur le chiffre de 6 000 contrats, information qui n'aurait pas été lue par le supérieur direct Eric Cordelle qui a déclaré aux juges d'instruction "je n'ai rien vu" ou bien "je reçois 200 ou 300 mails par jour".

On peut douter qu'il ait lu l'alerte ou qu'il ne l'ait pas lue.

Mais si le bénéfice du doute profite à la Société Générale, c'est que l'instruction est biaisée.

Car pourquoi accorder du crédit à Eric Cordelle qui se justifie par le nombre de mails de sa boîte de messagerie pour justifier qu'il n'ait pas lu une alerte d'un organisme extérieur, ce qui en terme de priorité doit passer bien avant les autres 200 à 300 mails.

Surtout si dans le même temps la Société Générale dans son rapport de mai 2008 écrivait (je me répète mais c'est tellement gros) "ni son propre superviseur n'ont procédé à une revue adéquate des activités du trader sur la base des états et rapports disponibles ", donc en somme d'après la Société Générale Eric Cordelle ne faisait pas son boulot mais en plus il n'avait pas le temps de lire les mails importants de sa messagerie. Il faisait quoi au juste alors ?

Et donc en quoi le bénéfice du doute (qu'il ait lu ou non l'alerte Eurex) lui serait favorable à lui aussi ?

Au passage, je vais m'atteler à rédiger un article sur la théorie du complot consistant à affirmer que Jérôme Kerviel n'était qu'un pion, que les grands pontes de la Sogé étaient au courant, que du coup les commissaires aux comptes, PWC, la Commission Bancaire, les juges d'instruction, tous ceux qui ont été mis dans le circuit avant ou après l'annonce de la fraude, sont aussi dans le coup.

Plus grosse est la fable, plus elle va permettre de masquer l'essentiel. Pendant qu'on disserte sur la théorie du complot, on oublie de démontrer que des supérieurs hiérarchiques n'ont pas pu ne pas être au courant des dépassements du trader, surtout à partir des alertes Eurex de novembre 2007, à un point tel que le doute en leur faveur (et donc en faveur de la Société Générale) constitue une instruction à charge contre Jérôme Kerviel.

Car si JK n'était pas seul à savoir avant la découverte, et notamment sa hiérarchie, alors la Sogé peut ravaler sa plainte illico !