A quelques semaines de son procès, le livre de Jérôme Kerviel apporte-t-il des éléments nouveaux sur l'affaire de la fraude à la Société Générale ?

Assez peu, mais faîtes-vous une opinion par vous-mêmes par ce qui suit.

Est-il pertinent ? Souvent oui, parfois non. Jugez-en.

Revue, analyse, et décryptage.

Les dizaines d'article passés sur le sujet, le livre que j'ai rédigé, me permettent d'être en mesure d'apporter une expertise sur le contenu de ce livre, notamment sur les aspects techniques. Comme je l'ai fait pour les autres livres parus sur le sujet. Mes contributions sur le débouclage démontrent d'ailleurs que mes travaux sont encore d'actualité.

Sinon je trouve son livre très bien rédigé et très intéressant.

Les 11 points de l'article :

1. Sur la responsabilité de Jérôme Kerviel

2. Sur la découverte par la Société Générale de la fraude

3. Sur l'éventuelle connaissance par des contrôleurs financiers de la SG mi-janvier 2008 du résultat dissimulé de 1,5 milliards d'euros

4. Et sur la connaissance par des contrôleurs financiers des opérations fictives en 2007

5. Nouveauté sur la chronologie des événements en janvier 2008

6. Sur la connaissance par des salariés de la SG de la fraude avant sa découverte

7. Nouveauté essentielle sur la connaissance éventuelle par le n+2 : une nouvelle pièce dans le livre

8. Sur la connaissance par son assistant Thomas Mougard des faits

9. Nouveauté sur Alain Declerck, Eric Cordelle et Moussa Bakir

10. Sur le débouclage à partir du 21 janvier 2008 des positions non-autorisées découvertes

11. Anecdotes sur le peu de confiance que des clients doivent avoir envers leur banquier

1. Sur la responsabilité de Jérôme Kerviel

Admise dès les premières auditions par Jérôme Kerviel lui-même, elle fait l'objet, de manière surprenante, de plusieurs passages dans le livre :

En page 30 : « mon seul tort : comme de nombreux collègues, mais je l'admets dans des proportions probablement plus importantes - bien qu'après tout personne ne soit jamais allé y voir de très près -, avoir inséré des données fausses dans un système pour lequel la Société Générale nous avait donné les droits, et donc, nécessairement, le loisir de le faire, comme le reconnaîtront plusieurs personnes lors de l'instruction. »

« Je réalisais des transactions parfaitement autorisées, dont j'avais tort de dissimuler le risque en saisissant dans mon propre système les opérations inverses avec des contreparties fictives. »

En page 57 : « j'avais sans conteste commis des erreurs, outrepassé les encours habituels, saisi de fausses informations dans un système pour masquer aussi bien des gains que des pertes - en un mot, j'avais joué avec le feu, poussé le système au bout du bout jusqu'à le faire imploser. »

2. Sur la découverte par la Société Générale de la fraude

En page 32, JK revient sur l'origine de la découverte de la fraude, les anomalies dans le ratio de solvabilité établi à l'occasion de la clôture annuelle du 31 décembre 2007.

Mais, comme je l'ai révélé dans mon livre, pourquoi la fraude n'a-t-elle pas pu être découverte plus tôt puisque réglementairement les ratios de solvabilité devaient être calculés au moins 2 fois par an ?

Personne ne s'est penché sur cette question apparemment.

En page 34, JK écrit : « chaque jour, mes opérations fictives donnaient lieu à un « pilotage des risques et des résultats dans ce que nous appelons « la base tampon, où le service dédié à cette tâche a pour but de suivre et de vérifier lesdites opérations en cours. Ce service avait donc pu constater dans cette base la présence de 50 MdE d'engagements face à une contrepartie inconnue de la banque et qui générait une perte d'1 milliard d'euros. »

Mais alors dans ce cas pourquoi le même service ne se serait pas inquiété fin juin ou début juillet 2007 avec 30 milliards d'euros d'engagements et une perte latente de 2 milliards d'euros environ ?

3. Sur l'éventuelle connaissance par des contrôleurs financiers de la SG mi-janvier 2008 du résultat dissimulé de 1,5 milliards d'euros

En page 28, mi-janvier 2008, Jérôme Kerviel écrit qu'il commence à sentir la gêne des contrôleurs financiers : « j'appris bientôt de la bouche du contrôleur financier que mon résultat de l'an passé posait problème ... quel problème pouvait bien engendrer un gain de 1 milliard et demi ? ...je compris que c'était moins le gain par lui-même que la manière dont je l'avais « mis sous le tapis » ».

On pourrait comprendre de ce passage qu'au contrôle financier de la banque des personnes savaient que le résultat 2007 de JK était de 1,5 milliards d'euros, donc avant que la fraude ne soit découverte.

Ce qui constitue une nouveauté.

C'est assez peu plausible, je penche plutôt pour le fait que la gêne provient des problèmes dans le ratio de solvabilité de la banque.

JK joue sur l'ambiguïté un peu plus loin, en page 34, lorsque, rencontrant le responsable du contrôle financier : « auquel j'expliquai que ce milliard et demi, je le devais à un intermédiaire renseigné dans la transaction, et ce depuis deux mois : la somme ne correspondait pas à un gain, mais à une dette extérieure ».

JK avait laissé penser qu'au contrôle financier ils étaient au courant du gain de 1,5 MdE (page 28) alors qu'il leur a expliqué autrement les 1,5 MdE (page 34) !

4. Et sur la connaissance par des contrôleurs financiers des opérations fictives en 2007

En page 149 : « tous les niveaux hiérarchiques étaient informés de la présence d'opérations fictives sur mon périmètre, comme le confirma ultérieurement la responsable du service comptable lors de son audition à la brigade financière. »

Ce qui confirme (ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, comme les comptes faux, les autres alertes) l'incompétence de la Direction Financière car au minimum personne n'a compris ce qu'il y avait derrière, d'énormes positions directionnelles. Et pourtant leur chef, Frédéric Oudéa, Directeur Financier au moment des faits avant d'être promu PDG depuis !

En page 151 : « en mai comme en avril, et ensuite en juin et en juillet, mes responsables et les contrôleurs financiers détectèrent ainsi des transactions fictives pour des montants exorbitants et choisirent de passer en comptabilité des écritures de résultats pour les mêmes montants. Ils savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. »

Je ne suis pas certain sur le fait qu'ils comprenaient alors les enjeux. Car sinon, pourquoi le laisser continuer alors qu'il est en perte de plus de 2 milliards d'euros fin juin 2007 ?

5. Nouveauté sur la chronologie des événements en janvier 2008

En page 38, JK écrit que le vendredi 18 janvier 2008, un responsable des services fiscaux revient le voir et lui demande de supprimer le nom de la contrepartie Baader et de le remplacer par la formule « en attente ».

J'ai vérifié le contenu du rapport Green (deuxième version mai 2008) :

En page 34

« a 11h40 agent 23 (GEDS/DAI/TRD/INC) confirme les montants évoqués lors de la conversation téléphonique et déclare qu'il va voir ce qu'il peut faire. Il demande à agent 3 les éléments à sa disposition. Agent 3 transmet à agent 23 les échanges de mails sur l'alerte du reporting quotidien du 7 au 9 et déclare que les opérations sont annulées. Ne comprenant pas vraiment ce qui s'est passé, agent 23 va voir directement JK. Les explications n'étant pas claires, il insiste et agent 25 (GEDS/DAI/TRD/EFI/FRA) les rejoint. JK déclare que sa vraie contrepartie est contrepartie 3.

A 12h59, JK envoie la (fausse) justification de Contrepartie 3, faisant suite à la demande d'agent 23 »

Dans son livre, JK écrit qu'en fait l'agent 23 lui a demandé de modifier sa contrepartie ! C'est différent du contenu du rapport Green !

Et puis pourquoi Jean-Pierre Mustier voulait vérifier la véracité de la contrepartie Baader (selon la page 40, Martial Rouyère, n+2 de JK, appelle JK le soir même) ? Etait-ce vraiment Baader ou bien la contrepartie 3 qui avait été changée le matin même (source SG) ? Car si un agent SG a vraiment demandé à JK de modifier la contrepartie Baader pourquoi s'assurer le soir de sa véracité ? C'est incohérent.

Dans mon livre, et citant les informations disponibles (SG et presse), la contrepartie qui avait été interrogée était la Deutsche Bank et pas Baader. Il y a une petite incertitude sur ce sujet.

6. Sur la connaissance par des salariés de la SG de la fraude avant sa découverte

En page 57 : « Les n+1, n+2 et n+3 ainsi que les employés en charge des contrôles connaissaient mes positions et les couvraient. »

En page 58 : « C'était 4 mois plus tôt, en septembre 2007. Un collègue m'avait confié que l'un de mes responsables était, de son propre aveu, parfaitement au courant de mes méthodes de travail ; jusqu'au jour, avait-il ajouté, où il y aurait un gros pépin, et ou là, il ne serait plus au courant de quoi que ce soit. »

Toutefois, méthode de travail ne signifie pas résultat de 500 millions d'euros dégagés fin août 2007 après une perte latente de 2,2 milliards d'euros fin juin 2007.

En page 132, je comprends que JK se concentre sur la connaissance des faits par son n+1 et son n+2, car parlant de ses supérieurs au-delà du n+2 : « Ce sont pourtant eux qui, lors de l'instruction, ont pris un air naïf. Ils n'avaient pas pu contrôler les positions que j'avais prises, tout simplement parce qu'ils n'avaient rien vu, ou que ce n'était pas dans leur fiche de poste, ou encore parce qu'ils n'avaient pas de formation de trading ... Irresponsables, a fortiori pas coupables selon la justice, donc dépourvus de tout état d'âme ? Je veux bien le croire. »

Conformant ainsi mon analyse personnelle du dossier : ce sont les n+1 et n+2 qui sont en jeu

Et pour ma part, en raison des alertes Eurex et de la trésorerie de 1,5 MdE à partir de novembre 2007, les n+1 et n+2 pouvaient difficilement passer à côté des engagements non-autorisés de JK en milliards d'euros !

Comme le confirme JK en page 145 concernant la trésorerie de 1,4 MdE en parlant de son n+1 : « mais ne pensait pas qu'il s'agissait de résultat .. Pour sa défense il dira qu'il pensait que c'était ... un emprunt ! »

Un emprunt de 1,5 MdE qui dort plusieurs semaines !

Comme le confirme aussi JK sur Eurex, en page 172 et 173 : « mes supérieurs et les déontologues avaient été informés de ces courriers et y avaient répondu, preuve s'il en est qu'ils avaient connaissance de mes opérations. »

Sur Eurex aussi en page 224 : « fin novembre 2007 le département Déontologie de la banque me présenta la lettre, dont Eric Cordelle prit aussitôt connaissance. On ne me questionnait pas sur les quantités astronomiques mentionnées dans le courrier mais on me recommandait juste de ne pas révéler ma stratégie et de rester flou dans ma réponse. »

Puis un deuxième courrier Eurex plus précis, 1,5 milliards d'euros sur une seule journée d'octobre 2007 : « Eric Cordelle, comme le département Déontologie, reçut copie de ce courrier. Nous en parlâmes ensemble avant de rédiger une deuxième réponse qui contenait à peu près aussi peu d'éléments que la première. »

« L'affaire Eurex est à mes yeux importante à un double point de vue. »

« Au cours d'une confrontation, mon n+1 qui admettait avoir participé pendant trois quart d'heure à la rédaction de la réponse maintenait qu'il ne l'avait pas lue ! »

C'est là un point crucial de l'affaire, comme je l'écris dans mon livre et sur mon blog. Eric Cordelle a-t-il lu et donc savait-il ou bien n'a-t-il pas lu ?

Nouveauté en page 137 : « à l'été 2007 on a nommé quelqu'un pour m'assister ... et lorsque je suis parti en vacances, c'est Eric Cordelle qui s'est chargé de mon book ».

Autre nouveauté, l'existence d'une alarme sur le nominal.

En page 141 : « Le premier (signe) apparaît lorsqu'un trader dépasse les limites en nominal fixées par le manager ... si cette première alerte ne fonctionne pas, ce qui fut le cas avec mes diverses opérations en flagrant dépassement, c'est que le manager a refusé de les voir en désactivant le contrôle ou a remonté le plafond si haut qu'aucune alarme ne peut l'atteindre. »

Il me semble pourtant que la SG avait affirmé qu'il n'y avait pas de contrôle sur le nominal !

Extrait en page 8 du rapport de mai 2008 de la mission Green : « A l'époque des faits, il n'existait pas sur ce périmètre de contrôle sur ...ni sur les nominaux élevés en position ... »

En page 143, JK évoque l'écart de méthode entre les prix du marché et les prix de la banque de 8 millions d'euros en mars 2007 : « une telle somme induisait que le montant nominal sous-jacent ne pouvait être que massif, aux environs d'une quinzaine de milliards d'euros) ... mon supérieur direct, Eric Cordelle, affirma ne pas l'avoir vu. Rouyère et Baboulin n+ 2 et n+3 n'auraient rien vu non plus. »

J'ai vérifié si cette alerte existait bien dans le rapport de la mission Green. Il s'agit en effet dans les écarts de passerelle des problèmes rencontrés sur les warrants knockés.

En page 144 : « après avoir tâtonné, décision fur prise par mes supérieurs d'appliquer en back office le prix théorique calculé par le modèle interne ; dérogation qui ne peut se faire que dans des cas bien particuliers et avec l'accord des commissaires aux comptes, lesquels ont du avaliser ce changement de règle de calcul sans lever plus de questions que ne s'en étaient posées mes supérieurs directs. »

Mais JK n'est pas assez précis en page 174 : « l'existence de zones grises à l'intérieur d'une salle de marchés, à savoir, la connaissance de certaines pratiques par la chaîne hiérarchique qui, sans les valider ni les interdire, laisse par un accord tacite les subalternes agir hors des limites habituelles. »

Selon moi, cela peut être compris comme une connaissance générale, pas particulière, du cas précis des positions de JK. Pas assez tranchant pour sa défense.

7. Nouveauté essentielle sur la connaissance éventuelle par le n+2 : une nouvelle pièce dans le livre

Pages 76 et 77, le n+2 de JK Martial Rouyère reçoit à sa demande une réponse de la comptabilité :

« Veut-on un signe du fait que tous mes agissements étaient contrôlables ? Dès le 18 janvier 2008, mon supérieur Martial Rouyère recevait, suite à sa demande, la réponse ci-dessus du service en charge de la comptabilité. »

Extrait du mail :

« 17h29 Bonjour Martial, comme convenu, voici les CPM en year to date sur Futures sur indices tels que présentés dans notre outil Rubis Passerelle.

CPM year to date en CV euros sur Futures sur indices. »

Un tableau montre les chiffres suivants :

2A au 30 juin 2007 -2,1 MdE au 31 juillet 2007 -0,3 MdE au 31 décembre 2007 1,6 MdE

Ce qui montre effectivement que Martial Rouyère était au courant avant le fameux week-end de la découverte, et qu'il aurait menti lorsqu'il a dit (selon JK) qu'il ne savait rien le dimanche 20 janvier 2008 cf page 48 : « je pris à parti Martial Rouyère, qui affirmait n'être au courant de rien « C'est un peu fort. Tu ne me disais rien, mais tu savais tout ce que je faisais ! » »

JK a raison quand en page 78 il écrit : « Par quel mystère Martial était-il informé que ces dates-ci précisément étaient les plus pertinentes ? ». Puis « alors, ce fameux vendredi 18 janvier, ayant connaissance de ces données, pourquoi Martial ne m'a t-il pas interrogé franco et m'a-t-il laissé quitter la tour en me disant qu'il allait se « démerder. » »

8. Sur la connaissance par son assistant Thomas Mougard des faits

Subrepticement il semble que JK fasse passer le message que son assistant était effectivement au courant.

En page 98, JK raconte son poste d'assistant trader avant qu'il ne devienne trader : « en raison de cette proximité privilégiée, un assistant a une connaissance précise des opérations que mènent les traders qu'il suit, même s'il ignore ce qui les a motivées. »

Puis en page 211, début mars 2008, à l'audience de demande de mise en liberté : « Lorsque je pris la parole à mon tour, ce fut pour répéter ce que je disais depuis le début et maintenir que je n'avais aucun complice. - ce n'est pas ce que vous prétendez dans l'instruction à propos de Thomas Mougard, observa le président. Vous lui taillez un costard. - J'ai simplement dit qu'il était informé de mes opérations, et rien de plus, répondis-je. »

JK a bien voulu faire passer le message selon lequel son assistant était au courant.

9. Nouveauté sur Alain Declerck, Eric Cordelle et Moussa Bakir

En page 177 : « L'opération d'Allianz s'était déroulée sous le management d'Alain Declerck, et Eric Cordelle avait une expérience du management bien plus forte que mon précédent n+1. »

Les idées reçues, c'est que l'opération Allianz posait problème après la démission de Declerck et que son nouveau chef était moins expérimenté.

A débattre.

En page 208 : « Quant à Moussa, je découvris plus tard, à la lecture des procès-verbaux d'instruction, qu'il n'était pas l'ami fidèle que j'avais cru. »

10. Sur le débouclage à partir du 21 janvier 2008 des positions non-autorisées découvertes

En page 63 : « Grâce à l'aveu de la personne qui déboucla la position, je saurais que les opérations de dégagement avaient été effectuées « de façon porcine, n'importe comment ». »

Parlant ainsi de Maxime Kahn, le salarié de la Société Générale qui a débouclé les positions : « Quant à son mode opératoire, il avoua dans le cabinet des juges qu'il avait « traversé jusqu'à 5 limites dans le carnet d'ordres pendant 3 jours. » »

JK écrit aussi que la SG a menti sur la confidentialité : « le trader star avait commencé à vendre pendant quelques heures au milieu de tous les autres traders avant d'être déplacé dans une autre salle. »

En page 64, l'opération de débouclage a duré 5 jours au lieu de 3 mais cela on l'a su par la suite.

Dans mon livre, je consacre un chapitre à l'incohérence des paramètres chiffrées de la fraude entre eux : nominal des engagements (49 milliards d'euros), perte de débouclage (6,4 milliards d'euros) et % des volumes débouclés sur les marchés.

Selon mes calculs, même en valorisant les ventes aux cours les plus bas du jour, on ne pouvait aboutir à la perte annoncée.

Apparemment JK a effectué la même démarche. En page 69 : « malgré l'effondrement des cours, comment la banque avait-elle pu perdre autant d'argent ? Les calculs auxquels je m'étais livré depuis trois jours n'atteignaient pas une telle somme, à moins de cumuler toutes les baisses ensemble. »

Dommage que JK ne livre pas ses calculs, parce que je l'ai fait. Et je sais (mais sans pouvoir révéler ici pourquoi) que mes calculs ont été portés à sa connaissance.

Mais je vais même plus loin que lui, puisque selon mes calculs, même en cumulant les baisses les plus fortes possibles, on n'y arrive pas !

JK affirme que ses positions (globales pertes latentes plus gain de 1,5 MdE) étaient à l'équilibre le 18 janvier 2008 au soir, en page 69 : « je me trouvais presque à l'équilibre sur mes positions. et le dimanche , les gens de la SG eux-mêmes n'avaient fait état que d'une position légèrement négative, au pire de 200 ME - somme qu'au demeurant je contestais. »

Pourtant, dans la presse, la perte latente des positions non débouclées ressortait à 2,5 milliards d'euros. Perte, qui additionnée à une valeur nette de 49 MdE le 18 janvier 2008 au soir, aboutissait à des engagements de 52 milliards d'euros et non de 50 comme la SG et JK lui-même l'affirme.

Je n'ai jamais pu avoir de réponse à ces incohérences.

Mais l'extrait du livre de JK montre qu'il se pose lui aussi des questions sur le débouclage.

Autre démarche complètement similaire, l'extrait du document de référence de la SG que j'ai cité dans mon livre en page 108 qui se trouve en document 2 page 253 dans le livre de JK et qui commence par : « Des producteurs des données comptables indépendants des front offices. »

11. Anecdotes sur le peu de confiance que des clients doivent avoir envers leur banquier

Ce qui n'est ni plus ni moins que le même problématique des conflits d'intérêts banques de financement et d'investissement et de Goldman Sachs.

En page 102 : « en regardant le prix que le trader assis quelques sièges plus loin proposait aux clients de la banque, je crus tomber de ma chaise ... il était 50 % plus cher. ...pensant bien faire, lui indiquai qu'il y avait peut-être un problème dans le prix qu'il donnait à son client. Il explosa de rire et me dit : leçon de trading n°1 : la marge « mais à ce prix-là, tu en vends ? » "ouais. Et tant qu'il y aura des gentils clients pour me payer cette marge, je ne m'en priverai pas. »

Merci JK.

En page 112, JK commente l'amende de 24 666 euros infligée par la Bourse suisse à la SG pour avoir passé des ordres au nom de traders fantômes.

En page 129, épisode en 2006 de la mise sur le marché d'un produit et d'une erreur dans la parité qui faisait que des clients qui ont compris l'erreur pouvaient facilement gagner de l'argent : « mais une banque gagne toujours, même en cas d'erreur de son fait. La Bourse a annulé certaines des transactions passées pendant ces deux jours ... nous avons suspendu la cotation du produit à la vente ; nous ne faisions plus qu'acheter ... les clients se sont donc retrouvés collés, ils ne pouvaient plus réaliser leurs gains. Parmi eux, l'un s'est plaint et a exigé son dû. Sans résultat. »

Enorme !

En page 226, JK révèle un conflit d'intérêts au sujet des courrier d'Eurex : « le bureau du déontologue avait en effet appelé l'agent commercial d'Eurex en France pour lui demander conseil. »