Article mis à jour mercredi 16 13h.

L'essentiel semble s'être passé le matin :

- d'une part avec le témoin Taoufik Zizi

La défense marque des points, et ce témoignage permet de progresser sur la compréhension de ce qui s'est passé. Jérôme Kerviel avait montré à ses collègues qu'en quelques clics il pouvait dégager du résultat sur des positions directionnelles de futures. 1 million d'euros par exemple. Une telle pratique dépassait le cadre de son travail habituel, mais il en a fait la démonstration devant ses collègues et son supérieur direct. Certes il ne montrait pas l'étendue de ses positions, mais sur le principe il avait montré comment il pouvait procéder. Comme il gagnait de l'argent sur ce qu'il montrait à ses collègues et supérieur direct, ce dernier a laissé faire. Déjà en soi, cela permet de conclure que le supérieur hiérarchique direct de Jérôme Kerviel savait que le trader prenait des positions directionnelles non-autorisées, dans un ordre de grandeur certes inférieur aux dizaines de milliards d'euros de 2007 et 2008, mais alors de quels montants ? Quel est le nominal de future qui permet de dégager 1 million de résultat sur une journée ? En-dessous ou au-dessus de la limite de 125 millions d'euros ? Même en ne répondant pas à cette question, il convient de faire alors le lien avec le milliard d'euros d'ordre de grandeur du niveau de la trésorerie de JK de 1,4 milliards d'euros fin 2007 et du milliard d'euros de futures évoqué dans le courrier Eurex. La réponse est là, sous les yeux, Eric Cordelle devait savoir que Jérôme Kerviel avait pris des positions directionnelles en milliards d'euros. Que l'on passe du milliard d'euros à la dizaine de milliards d'euros ne change rien. La thèse défendue par la Société Générale selon laquelle personne à la SG n'a su est sur le point de s'effondrer.

- d'autre part avec des débats sur la trésorerie :

Le fait que Jérôme Kerviel indique qu'on lui a posé que deux fois des questions sur sa trésorerie en 2007 (pour des montants à chaque fois en milliards d'euros !) peut laisser croire qu'en fait la hiérarchie ne s'intéressait pas vraiment à la trésorerie. En revanche, si sa hiérarchie savait qu'il prenait des positions directionnelles sur les futures (voir le paragraphe précédent), la seule vue de milliards d'euros dans la trésorerie du trader aurait dû les faire bondir ! C'est le cas notamment d'Eric Cordelle, le n+1, fin 2007, qui a déjà eu l'occasion d'être informé de l'ordre de grandeur du milliard d'euros avec les demandes d'Eurex.

Ce qui me fait affiner ma théorie initiale (Eric Cordelle n+1 et Martial Rouyère n+2 au courant des positions de JK fin 2007), Eric Cordelle, fin 2007, n'a pas pu ne pas connaître (moi aussi je revendique l'usage de la double négation !) l'ordre de grandeur des positions prises, en milliards d'euros (pas forcément en dizaines) par Jérôme Kerviel en 2007.

Quant à Martial Rouyère, j'ai déjà écrit, en commentant le livre de JK L'Engrenage, que le 18 janvier 2008, Martial Rouyère, par l'extraction informatique qu'il a lue, montrant notamment la perte au 30 juin 2007 des positions de JK, était au courant avant que les dirigeants de la Société Générale ne découvrent l'étendue de la fraude le week-end du 19 et 20 janvier 2008. Avant le 18 janvier 2008 je suis maintenant plus mesuré pour Martial Rouyère que pour Eric Cordelle, mais peut-être que les jours suivants modifieront ces analyses.

Au maximum du sursis pour Jérôme Kerviel, au grand maximum.

Mais le procès est en cours, tout peut arriver. A suivre avec la plus grande attention par conséquent.

Dans l'après-midi, je retiens les échanges sur les alertes Eurex. Un déontologue de la Société Générale met l'accent sur la responsabilité des supérieurs de Jérôme Kerviel dans le correct traitement d'une telle alerte. De plus, le supérieur direct, Eric Cordelle, a participé à la rédaction de la réponse, a signé la réponse, en a été copie. Comment n'aurait-il pas lu le chiffre de 6 000 futures (plus de 1 milliards d'euros sur une journée) indiqué dans le premier courrier d'Eurex ? Chiffre qu'il prétend ne pas avoir lu dans ses déclarations au juge d'instruction ! Présomption forte de mensonge flagrant de la part du n+1. Ce qui renforce c

Analyse des débats du Jour 6

Matin

1) La trésorerie

La trésorerie d'un trader est-elle le reflet du résultat de ce trader ?

Pas forcément selon la déposition du n+1 Eric Cordelle citée par le président, car elle peut être gonflée par des emprunts.

Jérôme Kerviel le reconnaît, mais met l'accent sur les explications non crédibles qu'il avait fournies concernant le prêt reçu de 2 milliards d'euros en juillet 2007 (OF en fait prêt de 1 MdE) et le prêt versé de 1,4 milliards d'euros en décembre 2007 (en fait prêt de 600 ME), car dans un cas cela coûte de l'argent à la banque et dans l'autre l'argent dort sur un compte. OF l'argent ne dort pas je pense, de la même manière que la trésorerie débitrice est génératrice d'intérêts à verser, la trésorerie créditrice génère des intérêts à recevoir.

En réponse à une question du Président, JK précise (BFM Radio) que ses responsables recevaient tous les jours un fichier Excel indiquant trader par trader le montant, la date de valeur (OF des mouvements ?), le solde de trésorerie et les intérêts payés. D'après Bloomberg, le reporting c'était une fois par semaine pour son n+1 et son n+2. Dommage, je n'étais pas sur place mardi pour préciser davantage.

JK indique avoir diminué sa trésorerie négative de 2,5 MdE en juillet 2007 en empruntant 1 milliard d'euros (en 2 fois 500 millions d'euros, de vrais emprunts, confirmés par Claire Dumas).

La SG tente de se justifier sur la possibilité qu'une situation de trésorerie soit créditrice : prêt en cours, opération en suspens et compensée.

JK indique qu'on la interrogé seulement deux fois sur sa trésorerie, une fois en juillet 2007 (Martial Rouyère ayant pris connaissance d'un emprunt), une fois en décembre 2007 (on lui aurait demandé de prêter).

Maître Metzner fait remarquer que ce n'est pas crédible de la part du n+1 de demander de prêter 600 millions d'euros fin 2007 s'il croyait que la trésorerie de 1,4 MdE résultait elle-même d'un emprunt.

Claire Dumas tente d'expliquer que JK a fait des emprunts fictifs. JK parle même d'un emprunt fictif de 7 MdE à une contrepartie qui n'est pas renseignée, sans que personne ne s'interroge. Cette pratique serait classique dans le cas où la souscription d'un produit est finie. Sauf que le déficit de trésorerie est encore là, dit Maître Metzner. Et là Claire Dumas se justifie en disant que le trou n'est pas visible car le back office qui pourrait le voir gère l'ensemble des comptes de la salle de marchés.

Maître Huc-Morel, avocat de JK, montre qu'en quelques clics on pouvait trier les écarts de trésorerie et les intérêts produits (- 217 000 euros par jour mi-2007 et 150 000 euros par jour fin 2007).

Claire Dumas considère que seul le trader pouvait les voir. Maître Metzner affirme que le n+1 le pouvait. Elle le concède, mais le faisait-il ?

2) témoin numéro 1 Taoufik Zizi

Voisin immédiat de Jérôme Kerviel sur le desk, il est arrivé que JK le couvre sur une perte d'un portefeuille commun, pour 300 000 euros.

Il affirme que la pratique (pratiquée à grande échelle par JK) de la prise de position directionnelle en dehors des heures d'ouverture du marché sur des futures était répandue pour se couvrir sur certaines opérations. OF information que j'estime neutre

Le témoin confirme ce qu'avait déclaré JK, à savoir que JK a pris des positions sur d'autres postes (M. Wu), en sa présence, sur des futures en intraday, et le bénéfice a été engrangé par Wu. Le témoin pense que le n+1 Eric Cordelle était là.

La rumeur sur le desk, c'était que JK spéculait, mais en intraday. Il savait qu'il passait beaucoup d'ordres. Il reconnaît aussi la pratique de spiel, hors mandat, pour un petit peu.

Le témoin confirme le fait que le résultat de 55 millions d'euros était explicable à 70 % par de la spéculation. Il explique que c'était logique relativement au P&L qu'il dégageait jour après jour (dont certains sous leurs yeux, comme le million d'euros), et illogique sans prise de risque.

Le témoin ne connaissait pas l'ampleur des positions en dizaines de milliards d'euros, mais il savait qu'il prenait de grosses positions sur les futures, citant en exemple le million d'euros déclaré sur la journée et les ordres passés au téléphone. Il pense que sa hiérarchie savait qu'il faisait du directionnel, mais peut-être pas de cette ampleur. Il pense que le n+1 a laissé faire parce que JK gagnait de l'argent.

Il confirme qu'il n'y avait pas de limites en nominal, juste une limite de 30 futures par transaction.

On apprend que lorsque JK est parti une semaine en vacances en septembre 2007, Erice Cordelle a aidé le témoin à gérer le book de JK. Maître Metzner parvient alors à ses fins, démontrer que l'idée selon laquelle JK ne prenait pas de vacances pour ne pas laisser son book était erronée.

Il fait également dire au témoin qu'en une journée de formation on obtient une licence de Bourse.

3) témoin numéro 2 M Goncalves

Responsable des systèmes d'information à la SG, il fournit des chiffres de volumétrie : exemple 1,8 millions sur les futures.

Débats à nouveau sur la difficulté le week-end du 18 19 janvier 2008 d'identifier les opérations non-autorisées et fictives de Jérôme Kerviel. Pas d'informations intéressantes véritablement.

Après-midi

Débats à nouveau sur le résultat de 55 millions d'euros, dont 25 millions d'euros sur l'arbitrage des turbo warrants. Résultat qui selon la commission bancaire aurait dû alerter sa hiérarchie.

OF Mais je rappelle au vu de la matinée qu'en fait le supérieur hiérarchique savait que JK prenait des positions directionnelles significatives. C'est argument JK contre argument SG, je pense que ce n'est pas là que se joue l'essentiel, même si effectivement l'analyse précise du résultat de JK pouvait permettre de savoir qu'il prenait des positions non-autorisées (de combien ? 100 ME, 1 MdE, 10 MdE ? probablement pas, mais pas de précision lors du procès, dommage !).

Jérôme Kerviel dévoile sa stratégie gagnante sur les turbos warrants : opérer sur ceux dont le cours était proche de la barrière désactivante à la clôture.

Fimat. Selon JK, Fimat a traité sur le dernier trimestre 2007 91 milliards d'euros. Barème : 1,30 euros par future, donc il suffit selon JK de faire une division pour avoir le volume traité. Autre anomalie relevée par Maître Metzner, le fait de passer par un courtier alors que JK disposait d'un accès direct au marché.

4) Témoin numéro 3 Moussa Bakir

Moussa Bakir indique qu'il ne savait pas que les positions de JK étaient en directionnel. JK lui aurait indiqué qu'il avait un gros client, Matt, d'un hedge fund basé à Londres. JK explique qu'il a parlé de ce Matt pour ne pas dévoiler sa stratégie.

Incohérence dans le monde la finance. Moussa Bakir déclare avoir touché 1 million d'euros de bonus en 2007 (1,5 million d'euros selon Maître Metzner au 3ème et 4 ème trimestres 2007), largement en raison des commissions sur les opérations de Jérôme Kerviel. JK qui lui avait demandé 600 000 euros de bonus.

L'intérêt pour JK de passer par MB, c'était le gain de temps.

Maître Metzner fait donner par Moussa Bakir les volumes traités en novembre 2007, 300 000 ou 400 000, soit 25 milliards d'euros selon les avocats. Au total, l'avocat affirme que Moussa Bakir a traité pour un total de 125 milliards d'euros avec JK, générant 6 millions d'euros de commissions pour Fimat.

Chiffe que Moussa Bakir affirme avoir connu ce jour. Il prétend ne pas avoir l'ordre de grandeur en terme de valeur traitée des nominaux. J'ai du mal à le croire.

5) Témoin numéro 4 Grégoire Strypsten

Ancien responsable des risques à Fimat, il a participé à des échanges fin 2007 entre la Société Générale et Eurex au sujet des transactions effectuées par Fimat.

Le témoin a assuré qu'Eurex se manifestait régulièrement auprès de Fimat (une douzaine par an). Son adjointe avait travaillé en novembre 2007 sur une enquête interne portant sur l'activité du desk dans lequel Moussa Bakir travaillait, en raison d'une hausse significative des résultats du desk. OF Cette enquête interne est-elle liée au premier courrier Eurex adressé à la SG le 7 novembre 2007 ? Sans doute, puisque le courrier a porté selon le témoin sur la stratégie du trader, de manière identique à celui d'Eurex à la SG !

A noter la diffusion de l'enregistrement d'une conversation le 24 janvier 2008 entre Moussa Bakir et un trader non identifié, où MB indique avoir parlé du problème à Strypsten, et remarquant qu'il y avait un réel problème sur les appels de marge. OF Je suis bien d'accord, j'en avais d'ailleurs fait un chapitre dans mon livre, parce qu'en montant, j'avais compris, et j'étais le premier au plan médiatique, que fin juin les positions réelles perdantes de plus de 2 milliards d'euros entraînaient des appels de marge du même montant ! D'où le problème !

6) Témoin numéro 5 Vincent Duclos

Ancien déontologue à la SG, il commente l'enquête Eurex, qui n'était pas anormale selon lui. La réponse au premier courrier a été travaillée conjointement à la Fimat, JK et son supérieur hiérarchique.

Le premier courrier d'Eurex demandait le détail de la stratégie concernant notamment 6 000 futures traités en une journée.

Dans la réponse, la volatilité du marché explique l'activité importante en dehors des heures d'ouverture du marché, le fait de passer par la Fimat s'explique par le fait que cela libère JK pour qu'il effectuer d'autres tâches.

La réponse est signée par le témoin, copie JK et certains de ses supérieurs. OF son n+1 ?

OF C'est un des points cruciaux des alertes selon moi. Eric Cordelle a déclaré aux juges que s'il avait vu le montant (6 000 futures représentaient plus de 1 milliard d'euros) il aurait sauté au plafond, niant avoir lu le montant. Commet le n+1 pouvait ignorer le contenu d'un courrier dont il a participé à la réponse ?

Maître Metzner fait dire au témoin un peu plus tard que le n+1 a bien validé la stratégie de JK écrite dans la réponse au premier courrier : comme le n+1 a signé le courrier oui il la valide.

Le deuxième courrier d'Eurex relève le très grand nombre de transactions passées par JK certains jours à l'heure d'ouverture des marchés, une position courte sur les futures Dax et une position longue sur les futures Eurostoxx. OF dommage qu'on n'ait pas les montants exacts.

Selon le témoin, la réponse au deuxième courrier aurait été élaborée comme la première, avec le contact d'un représentant de Deutsche Börse en plus. Le déontologue assure qu'il voit des données opposées à ce que voit Eurex sur les positions Eurostoxx. Le témoin aurait proposé une conférence téléphonique, Eurex n'ayant pas donné suite, il a considéré que le problème était réglé.

OF Quelle preuve de compétence ! Un déontologue s'aperçoit qu'il y a incohérence sur des données entre une source interne et une source externe et se contente de ne pas chercher de réponse parce qu'Eurex ne donne pas suite (pour l'instant, puisqu'on sait qu'en janvier 2008 Eurex prévoyait d'adresser un nouveau courrier) ! Quel service à la Société Générale a-t-il fonctionné correctement en 2007 ?

Le témoin assure que la hiérarchie de Jérôme Kerviel était informée, précisant qu'Eric Cordelle, son n+1, l'était. Charge à JK d'en référer à sa hiérarchie. Le déontologue explique que les réponses de JK ont été jugées crédibles et validées par ses contrôleurs (La Tribune OF ses supérieurs ?).

OF Le témoin se défausse sur la responsabilité de la hiérarchie. Ce qui accentue la responsabilité de la hiérarchie dans le traitement de cette alerte, ce qui est un mauvais point pour la Société Générale.

Informations diverses

Témoins du jour :

- Taoufik Zizi, trader, avait été formé par Jérôme Kerviel, faisait du market making sur les turbo warrants, licencié en octobre 2008 pour insuffisance professionnelle la Société Générale

- Carlos Goncalves, responsable des systèmes d'informations pour SGCIB

- Moussa Bakir broker de Fimat (devenu Newedge) au moment des faits

- Grégoire Strypsten, ancien responsable des risques à Fimat

- Vincent Duclos, ancien déontologue à la Société Générale

Sources du déroulement du procès

http://www.radiobfm.com/edito/home/71203/proces-kerviel-le-bloc-notes-du-15-juin-partie-1-/

http://www.radiobfm.com/edito/home/71243/proces-kerviel-le-bloc-notes-du-15-juin-partie-2-/

http://www.latribune.fr/entreprises/banques-finance/banque/20100608trib000517576/jerome-kerviel-contre-la-societe-generale-suivez-le-proces-minute-par-minute-10.html

http://www.lalibre.be/toutelinfo/afp/280050/le-proces-kerviel-en-direct.html

Sélection d'articles de la presse sur le JOUR 6

http://www.businessweek.com/news/2010-06-15/kerviel-says-socgen-was-sent-weekly-reports-on-trading-accounts.html

http://www.challenges.fr/actualites/finance_et_marches/20100615.CHA5038/qui_controlait_la_strategie_de_kerviel_.html

http://www.slate.fr/story/23075/proces-kerviel-mat

De bons passages en termes d'analyses.

http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2010-06-15/proces-kerviel-admet-avoir-invente-un-faux-personnage/920/0/466993

http://www.lesechos.fr/info/finance/020606250553-proces-kerviel-j6-la-bataille-de-la-tresorerie.htm

http://laplumedaliocha.wordpress.com/2010/06/16/les-collegues-de-kerviel-savaient-quil-prenait-des-risques/