GBSOV ? Il n'y a qu'ici pour se poser des questions sur GBSOV dans la fraude UBS Adoboli !

Les deux organismes officiels suisses (Finma) et britanniques (FSA) ont publié leurs rapports sur la fraude à UBS :

- Finma 14 pages Investigation into the Events surrounding Trading Losses of USD 2.3 billion incurred by the Investment Banking Division of UBS AG in London ; mesures préventives prises à l'encontre d'UBS dont l'interdiction pour la banque d'investissement de procéder à de nouvelles acquisitions.
http://www.finma.ch/d/aktuell/Documents/ubs-summary-report-20121121.pdf

- FSA 18 pages Final Notice to UBS AG ; amende de 29,7 millions de livres sterling
http://www.fsa.gov.uk/static/pubs/final/ubs-ag.pdf

I. UBS n'avait vraiment aucune excuse
II. Les différents niveaux de contrôle
III. Les techniques de manipulation des risques et des résultats
IV. La découverte de la fraude
V. Ce qui manque dans les rapports Finma et FSA. Des questions.
    2) Questions sur les liens entre opérations fictives et P&L du desk ETF
    5) Peu de détails sur la taille des positions non-autorisées : deux phases d'expositions massives
    7) Questions sur le processus de rapprochement comptable GBSOV
    8) Contrairement à ce que l'accusation a prétendu au cours du procès et à ce qui a pu être lu dans la presse : les rapports FSA et Finma ne font aucune remarque sur une éventuelle expérience au middle office du trader Adoboli

I. UBS n'avait vraiment aucune excuse

En 2008, le département des Risques Opérationnels avait conduit une mission consistant à effectuer une revue du risque de rogue trading, identifiant des points de faiblesse communs. Un suivi de cette mission avait eu lieu fin 2010 assurant que les faiblesses identifiées avaient été résorbées.

Ce n'était donc pas le cas !

contribution olivier fluke : UBS n'avait aucune excuse parce que la fraude à la Société Générale, similaire dans de nombreux aspects, avait précédé celle à UBS.

Les points communs (non-exhaustifs) Société Générale UBS dont certains auraient du permettre de découvrir la fraude :
- non compréhension de l'augmentation importante des revenus du desk ;
- formalisation insuffisante des limites de risque et mandats de trading, dépassements de limites non sanctionnés
- supervision insuffisante
- contrôleurs se contentant des explications du trader, écarts non résolus.

Pire, dans le cas d'UBS, des rapports d'alertes informatiques ne fonctionnaient pas pendant plusieurs mois (voir plus bas).

Le changement de superviseur du desk ETF en avril 2011 était lié au transfert du desk ETF à un nouveau secteur d'activité Global Synthetic Equities mis en place début 2011. Le rapport Finma indique que le superviseur basé aux US devait être transféré à Londres courant 2011, mais qu'aucun arrangement pour une supervision locale n'avait été mise en place.

Il est surprenant de découvrir qu'en fait le trading pour compte propre était censé générer la plus grande partie des revenus du desk ETF ! C'est une différence avec le cas de la Société Générale. Revenus en augmentation exponentielle (2010 11,7 M$ 2011 Q1 15,9 M$ 2011 Q2 47,8 M$) sans qu'une analyse ait été conduite en interne.

II. Les différents niveaux de contrôle

fonctions de Back Office : Operations, Product Control (de la Division Finance), Market Risk

Operations : rapprochement entre les différents systèmes pour résoudre les écarts, pas les comprendre, s'assurer de la confirmation des transactions

D'après le rapport Finma, des employés juniors se contentaient des explications fournies par Kweku Adoboli, parfois pour des écarts à partir de juin 2011 dépassant le milliard de dollars.

Product Control : responsable de la validation et du reporting du P&L (à T+1) et de la vérification des postes dans les états financiers (en fin de mois processus GBSOV Global Balance Sheet Ownership and Verification) ; le desk ETF produisait une estimation à T+0 du P&L pour la fin de la journée ; sans un niveau de détail transaction par transaction ou par sous-produit

Kweku Adoboli a pu effectuer une requête auprès de Product Control pour faire passer des ajustements sur le P&L. Exemple le 11 août 2011, pour un milliard de dollars ! Sans que cela soit challengé ou que les supérieurs n'en soient informés d'après le rapport Finma.

Market Risk : ne suivait pas les limites de risque par desk, responsabilité du Front Office.

III. Les techniques de manipulation des risques et des résultats

a) des transactions fictives de futures internes sans comptabilisation de contrepartie interne, impact risque et P&L

contribution olivier fluke : le rapport Finma les appelle "one-sided internal future trades", mais il ne me semble pas que dans le cas de la fraude à la Société Générale il y ait eu d'équivalent ; certes il y avait des futures fictifs annulant les risques marché et le résultat latent, mais d'une part ils étaient sur indices (donc quid de l'appellation "interne") d'autre part ils avaient pour contrepartie PENDING ou NULL. cf rapport Green mai 2008

Le rapport FSA mentionne deux alertes identifiées lors de deux rapprochements intra groupes menés par la Division Opérations, ainsi qu'une transaction apparaissant en exception dans le rapprochement quotidien de mi-juillet à août 2011, jusqu'à ce que Kweku Adoboli inverse la position fictive.

Ces alertes auraient été remontées le 19 août 2011 au responsable du desk, qui aurait trouvé l'explication du trader inacceptable (construction d'une position pour un fournisseur d'ETF) mais n'aurait pas suffisamment creusé.

b) des transactions réelles de futures externes saisies dans le système de règlement des futures mais saisies de manière tardive dans le système de risque Front Office, impact risque et P&L

Pour ces deux types de mécanismes, les alertes de type SCP (Supervisory Control Portal) sur des transactions C/A/L (annulées, modifiées, saisies tardivement) n'ont pas généré d'alertes en raison de défauts dans la fourniture de données du système Front Office au SCP, une lacune qui a été résolue le 26 août 2011 ! Les alertes étaient alors adressées à des traders du desk ETF (vu au procès, John Hugues et Kweku Adoboli) qui pouvaient les approuver, plutôt que leur supérieur hiérarchique ! Le rapport Finma indique un total de plus de 0,5 milliard d'euros d'alertes annulées ainsi sans investigation.

Le rapport FSA mentionne que le management du desk a été informé le 8 août 2011 que les processus de rapprochement généraient des écarts en raison de la saisie tardive de transactions sur futures externes.

contribution olivier fluke : il n'est pas utile de se demander si ces transactions étaient autorisées ou pas du fait de l'absence de contrainte de seuil sur le nominal des transactions une par une.

Prenons un exemple : la limite de risque en intraday pour le desk était de 100 millions de dollars à partir d'avril 2011 (50 extraday), considérez qu'une opération réelle ait une exposition de 30 millions de dollars :
- premier cas, le total risque pour le desk hors cette opération en fin de journée est de 30 ; cette opération est considérée comme non-autorisée car si elle est prise en compte le risque total est de 60, supérieur au seuil de 50
- deuxième cas, le total risque pour le desk hors cette opération en fin de journée est de 10 ; cette opération est considérée comme autorisée car si elle est prise en compte le risque total est de 40, inférieur au seuil de 50

Autorisées ou non-autorisées, la saisie de manière tardive a pour conséquence de ne pas rendre compte dans les système d'information du risque réel (et donc du P&L latent réel). Mais pas à mon sens à dissimuler le risque et le P&L de l'historique des opérations !

Il me semble de toute manière qu'une fois saisies, même avec retard, un des trois autres mécanismes de manipulation doive être utilisé afin de cacher le risque et le P&L !

c) des transactions fictives d'ETF avec des dates de règlement différées, impact risque et P&L.

Le rapport Finma fournit des détails intéressants. De telles transactions auraient dû figurer dans un rapport T+14 produit par un fournisseur externe basé en Inde !

Mais ce rapport n'était pas opérationnel entre mai et novembre 2009 et entre novembre 2010 et septembre 2011 (vu au procès), juste avant la connaissance de la fraude par UBS.

Des variantes sont précisées :
- avec des prix hors marché, générant du P&L significatif immédiatement
- ou avec des modifications de prix entre la saisie et le règlement, pour modifier le P&L.

d) des transactions fictives de trésorerie pure sans nominal : quantité et prix à zéro, cash-flow additionnel ajouté (utilisé dans le cas de dividendes par exemple), impact pour remédier aux écarts de rapprochement

contribution olivier fluke : écarts de rapprochement, mais lesquels, de trésorerie ?

IV. La découverte de la fraude

La découverte de la fraude est abordée au point 22 du rapport Finma, dans un petit paragraphe :

- le 13 septembre 2011, des managers seniors de la Division Finance posent des questions à Kweku Adoboli sur les transactions ETF à dates de règlement différées ;

- le 14 septembre 2011, Kweku Adoboli admet (le rapport ne cite pas le mode d'aveu, un mail adressé par le trader à son initiative) que les opérations en question ne sont pas réels et ont été saisis pour masquer les pertes de positions non-autorisées.

V. Ce qui manque dans les rapports Finma et FSA. Des questions.

1) Différence entre les rapports Finma et FSA sur la période de référence

Le rapport FSA se contente de la période dite pertinente, "Relevant Period", du 1er juin 2011 au 14 septembre 2011.

Alors que le rapport Finma fournit des faits et des constats qui remontent jusqu'en 2008.

2) Questions sur les liens entre opérations fictives et P&L du desk ETF

Le rapport Finma totalise, de fin 2008 à fin 2010, l'impact des transactions fictives : 296 millions de dollars en exposition et 40 millions de dollars en P&L.

S'agit-il de valeurs cumulées en valeur absolue pour le P&L ? S'agit-il de gains ou de pertes fictives ?

Sachant que les revenus du desk ETF étaient de 11,7 millions de dollars seulement en 2010 !

Le rapport Finma fournit les revenus pour compte propre du desk ETF mais ne précise pas l'impact des opérations fictives de Kweku Adoboli dans ces chiffres !
2010 11,7 M$ 2011 Q1 15,9 M$ 2011 Q2 47,8 M$
Chiffres différents d'ailleurs dans le rapport FSA, car incluent les revenus pour compte client ! Net revenue of the desk 2010 9 M$ 2011 Q1 21 M$ Q2 52 M$

On peut d'ailleurs relever que les revenus nets de 2010 sont inférieurs aux revenus pour compte propre, ce qui semble impliquer une contribution négative des revenus pour compte client. Pour aller plus loin, la différence entre revenus nets et revenus pour compte propre est positive de l'ordre de 5 millions de dollars pour chaque trimestre du premier semestre 2011, ce qui semble étonnant lorsqu'on relève le niveau des revenus nets de 2009 à 9 millions d'euros. Quel est le changement dans la génération des revenus pour compte client qui puisse expliquer une telle augmentation ?

Pour en revenir aux chiffres sur les opérations fictives, 40 millions relativement à 296 millions me semble élevé, c'est un rapport de 1 à 5, certes pour des opérations fictives.

3) Absence de chiffre sur l'utilisation du compte parapluie

Le rapport Finma évoque en quelques lignes (point 14) le compte parapluie, tout en omettant de fournir des chiffres sur son utilisation entre fin 2008 et septembre 2011.

Sur le compte parapluie, le rapport Finma se contente d'affirmer que d'autres traders du desk étaient au  courant de son existence, alors que les débats du procès ont pu montrer que le collègue John Hugues l'avait utilisé en juin 2011.

4) Quels traders du desk ETF ont reçu un mail leur indiquant une limite d'exposition intraday ?

Le rapport Finma évoque une limite d'exposition nette pour le desk intraday documentée dans un e mail de juin 2011 envoyé par le superviseur du desk, mail qui n'aurait pas été adressé à tous les traders du desk. Mais lesquels ?

5) Peu de détails sur la taille des positions non-autorisées : deux phases d'expositions massives

Peu de détail sur les positions non-autorisées. Seul le pic d'exposition de 12,1 milliards de dollars du 8 août 2011 est fourni. Mais le rapport Finma précise que ces positions longues sur des futures Euro Stoxx 50 et S&P 500 ont été dénouées au 11 août 2011, générant une perte réalisée de 2,1 milliards de dollars !

Jusque-là je pensais que c'est UBS qui avait procédé au débouclage de l'ensemble des positions non-autorisées !

Le reste (0,2 environ) de la perte totale de 2,3 milliards de dollars provient d'opérations courtes prises après le 11 août 2011 sur des futures S&P 500 et DAX ! Avec une nouvelle exposition de 8,5 milliards de dollars le 15 septembre 2011, cette fois débouclée par UBS !

Il y a donc eu deux phases d'expositions massives, une à 12,1 l'autre à 8,5 milliards de dollars, soit un total de 20,6 milliards de dollars environ !

6) Le ou les salariés juniors du département Opérations interlocuteurs de Kweku Adoboli ont-ils témoigné au procès ?

Le point 40 du rapport Finma indique que les Opérations étaient au courant de transactions saisies tardivement, de transactions de nominal massif, d'écarts récurrents dans les rapprochements. On comprend dans le rapport que le ou les salariés concernés sont juniors. Il ne me semble pas qu'il (ou elle ou ils) aient témoigné au cours du procès. Le rapport Finma reproche le fait que l'accumulation de tels constats aurait du conduire le ou les salariés concernés à avertir leur management ou la déontologie.

7) Questions sur le processus de rapprochement comptable GBSOV

Le processus mensuel GBSOV avait pour but de s'assurer que les soldes dans les états financiers étaient compris et corrects, le rapport Finma l'estime inefficace.

Le rapport passerelle en fin de mois de rapprochement entre les résultats front office et comptabilité (back office) de la Société Générale est à rapprocher du processus GBSOV de fin de mois à UBS.

Le rapport Finma indique que tout écart de plus de 10 millions de francs suisses devait être remonté au management de la Division Finance pour revue.

Quid à fin juin 2011 ?

Processus GBSOV de fin juillet 2011 : écart de 209 millions de francs suisses identifié le 2 août 2011 par la Division Finance sur le desk ETF. La position ouverte liée à cet écart s'élevait à 4 milliards d'euros. L'écart provenait selon le rapport Finma de transactions futures non saisies dans le système de risque du front office.

Selon le rapport FSA :
- au 11 août 2011 ,date de clôture du GBSOV de juillet 2011, l'écart n'était pas apuré ;
- le 19 août 2011, l'écart était remonté à des niveaux seniors au sein de GSE (Global Synthetic Equities);
- le 24 août 2011, il était formellement demandé à Kweku Adoboli de fournir des explications ;
- le 31 août 2011, Kweku Adoboli a apuré l'écart (comment ? le rapport ne le dit pas) et la Division des Opérations a confirmé les positions étales le 1er septembre 2011.

Kweku Adoboli aurait expliqué que les futures seraient saisies rapidement, annulant l'écart. L'écart a persisté deux semaines, Product Control et Operations ont continué à accepter les explications du trader. Le compte-rendu de Product Control, jugé non crédible selon le rapport Finma, a tout de même été avalisé lors d'une réunion senior du comité Finance du risque opérationnel le 24 août 2011, le comité ayant conclu qu'il n'y avait pas de montant en risque !

Le superviseur du desk Di Bacco basé aux Etats-Unis s'est même rendu à Londres en août 2011 pour mener une enquête, mais qui n'était pas suffisante. Il s'est contenté des propos des départements Opérations et Finance selon lesquels l'écart était résolu, sans apprécier le fait que cela reposait sur les seules explications de Kweku Adoboli.

contribution olivier fluke : j'ai du mal à comprendre comment de tels futures (fictifs, réels ?) ne sont pas dans le système du front office, s'ils sont dans le système de comptabilité (car sinon il n'y aurait pas d'écart ?)

Ou alors cela concerne l'alerte du 8 août 2011 liée à la saisie tardive de futures réels, qui ont été alimentés en comptabilité en externe !

Mais quid d'écarts éventuels dans le processus GBSOV issus des opérations fictives ? Apparemment pas dans le cas d'UBS ? Même problématique que pour la Société Générale ? Comment les opérations fictives saisies en front office ne sont-elles pas en écart avec la comptabilité alimentée théoriquement par des sources externes ?

contribution olivier fluke : surprenant de passer du franc suisse à l'euro pour la même problématique.

Là où le service en charge du contrôle passerelle de fin de mois à la Société Générale pouvait avaliser des ajustements sur le P&L, le rapport FSA indique que le service Product Control (de la Division Finance) pouvait ajuster le P&L, semble-t-il ponctuellement. Exemple, requête par Kweku Adoboli d'ajustement du P&L pour 1,6 milliard de dollars courant août 2011. C'est un contrôleur junior qui n'a pas suffisamment challengé la requête.

Ce n'est qu'à partir du 18 août 2011 que le rapport quotidien de P&L permettait d'identifier de tels ajustements.

8) Contrairement à ce que l'accusation a prétendu au cours du procès et à ce qui a pu être lu dans la presse : les rapports FSA et Finma ne font aucune remarque sur une éventuelle expérience au middle office du trader Adoboli

Tout juste le rapport FSA mentionne le fait que des employés du middle office ayant pu être enclin à passer au front office aient pu être conciliants avec les intérêts du front office. Traduction, ne pas perturber ceux qu'on souhaiterait devenir. Puis le rapport FSA botte en touche en précisant qu'il ne s'est pas intéressé aux cas individuels.