Dimanche 17 mai 2015, Martine Orange sur Mediapart affirme faire exploser le dossier Kerviel suite au témoignage devant le juge d'instruction Roger Le Loire d'une policière de la brigade financière en charge de l'enquête, Nathalie Le Roy.

http://www.mediapart.fr/journal/france/170515/le-temoignage-dune-commandante-de-police-fait-exploser-le-dossier-kerviel

Beaucoup de médias se sont contentés de relayer des extraits de l'article de Mediapart, alors qu'il convient d'analyser ce qui est présenté comme des éléments nouveaux.

1) la responsable de l'enquête à la brigade financière aurait acquis "la certitude que la hiérarchie de Jérôme Kerviel ne pouvait ignorer les positions prises par ce dernier"

Comme je n'ai cessé de le répéter, dans mon livre de mai 2008, dans mes suivis du premier procès puis du procès en appel, cette affirmation manque de précision.

Quelle hiérarchie (qui) ? quand ? quoi ? comment ?

http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2012/06/01/24393374.html
01 juin 2012 Petite piqûre de rappel avant le début du procès en appel de Jérôme Kerviel

Sur la question de la connaissance par la hiérarchie de la SG, je m'étais concentré sur ses supérieurs hiérarchiques n+1 et n +2, sur la période de la fin de l'année 2007, en raison de son bénéfice réalisé de plus d'un milliard d'euros, et suite aux alertes Eurex de novembre 2007 et de la trésorerie de 1,4 milliard qu'il possédait sur ses comptes pendant plus d'un mois fin 2007.

http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2012/07/02/24624154.html
2 juillet 2012 Le Petit Journal technique du procès en appel Kerviel Société Générale. Analyse finale.

2) la responsable de l'enquête à la brigade financière déplore que la Société Générale lui ait dirigé tous les témoins

Tout en reconnaissant que la position était assez confortable selon des termes rapportés par Mediapart.

Chacun son rôle ! Cela tend plutôt à mettre l'accent sur un problème de fonctionnement de la justice qui n'aurait pas été capable d'entendre d'autres témoins que ceux alors orientés par la Société Générale.

3) la responsable de l'enquête à la brigade financière aurait rappelé devant le juge que JK aurait toujours maintenu que sa hiérarchie avait pleine connaissance des positions qui lui ont été reprochées

Extrait des compte-rendus du Petit Journal technique du Procès en appel

Jour 4 du Petit Journal technique du procès en appel Kerviel Société Générale. Lundi 11 juin 2012 :
http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2012/06/12/24482013.html
Jean Veil  hiérarchie au courant des marchés et de la position le 18 janvier ?
JK oui

Jour 5 du Petit Journal technique du procès en appel Kerviel Société Générale. Mercredi 13 juin 2012 :
http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2012/06/14/24498706.html
Jean Reinhart cite cote D653 "puisqu'ils connaissaient déjà ce résultat de 1,4 MdE" Qui ?
JK : la hiérarchie directe n+1 n+2 n+3
Jean Reinhart  : donc ils font un faux quand ils ne reportent pas le 1,4 MdE ?
JK : je ne changerais pas un seul mot de mon livre, sauf à rajouter l'histoire de la manipulation pour les subprimes

4) des scellés n'auraient pas été exploités, il était trop tard pour le procès

Information certes, mais trop vague. Quels scellés précisément ? Cela concerne le procès en appel également ?

5) des salariés ou anciens salariés auraient expliqué que tout le monde connaissait les pratiques de JK

Quelles pratiques précisément ? Ses collègues (par le desk) savaient selon ma compréhension qu'il prenait des positions hors limites, mais pour un ordre de grandeur bien inférieur à la taille cumulée en dizaines de milliards d'euros. Des traders externes l'appelaient les gros et le voyait sur les marchés mais eux ne savaient pas quelles limites il avait lui au sein de la SG.

6) parmi les salariés ayant témoigné, un ancien salarié du service des risques, Florent Gras, aurait lancé un mail d'alerte en avril 2007 à Claire Dumas, supérieure hiérarchique - une réquisition judiciaire aurait été adressée le 10 octobre 2012 à Frédéric Oudéa pour obtenir l'extraction de la messagerie de Madame Dumas, demande restée lettre morte ; la SG n'aurait pas répondu à d'autres demandes notamment de réquisition de boîtes mails de supérieurs hiérarchiques de JK

Le 10 octobre 2012, c'était après le procès en appel, donc probablement dans le cadre des plaintes émises par JK postérieurement. Commet est-il possible que la justice n'ait pas contraint la Société Générale à répondre à ces requêtes ?

7) la responsable de l'enquête à la brigade financière aurait alerté le parquet sur les zones d'ombre qui apparaissaient dans le dossier, et demandant au parquet, sans succès, de nouvelles expertises, et notamment la saisie des mails stockés sur des serveurs aux Etats-Unis

Les fameux serveurs Zantaz qui figuraient parmi les zones d'ombre à éclaircir à l'issue du procès en appel de juin 2012.

8) d'après les dires d'une dame se présentant comme étant des RH de la SG, Frédéric Oudéa aurait "séquestré" des cadres après la découverte des faits pour leur faire signer un engagement de confidentialité, la plupart aurait signé

S'il y a eu un engagement signé, c'est qu'il diffère du devoir de confidentialité et de réserve inhérent aux contrats de travail entre salarié et employeur.

L'expression "la plupart" laisse supposer que certains ne l'auraient pas signé ?

Il manque les noms, les dates de signature et bien entendu le contenu de tels engagements pour comprendre de quoi il peut en retourner.

S'agit-il comme le prétend Olivia Dufour (Aliocha) de l'application classique de la réglementation boursière ? Auquel cas la contrainte de durée de tels engagements devrait être limitée à la date à laquelle la Société Générale a annoncé publiquement la perte de 4,9 milliards d'euros, soit le 24 janvier 2008.

http://www.atlantico.fr/decryptage/jerome-kerviel-retour-fantasme-conspiration-dementi-faits-nicolas-goetzmann-2148565.html

Ou alors, si la durée d'engagement est plus longue, c'est qu'il pourrait s'agir d'une manoeuvre bien différente sur laquelle il serait intéressant que la Société Générale s'explique.