Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête Livre

Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête. Des inédits sur les commissaires aux comptes, sur les comptes, sur le contrôle interne, sur les chiffres de la fraude. Livre en vente sur Amazon.

16 juillet 2009

Amende de 20 millions d'euros infligée par la Commission Bancaire aux Caisses d'Epargne

Enfin des nouvelles de l'affaire Boris Picano-Nacci - CNCE Caisses d'Epargne, ou de la perte de trading de 752 millions d'euros en octobre 2008

Le 15 juillet 2009, la Commission Bancaire a publié les décisions de publier un blâme à l'encontre de la Caisse d'Epargne et une amende de 20 millions d'euros.

On n'en sait toujours pas plus sur le fond de l'affaire, sur ce qui s'est passé, ce qui a dégénéré, sur le rôle exact du trader. Et lui, on n'en entend plus parler.

Le document de référence 2008 des Caisses d'Epargne est synthétique mais sans détails sur le sujet :

"Perte sur incident de marché CNCE d’octobre 2008

Dans le cadre des procédures habituelles de contrôle, le Groupe Caisse d’Epargne a identifié, dans le courant du mois d’octobre 2008, des positions qui se sont soldées par une perte avant impôt de 752 millions d’euros dans l’activité dérivés actions de la Caisse Nationale des Caisses d’Epargne.

Ces prises de positions ouvertes se sont inscrites dans un contexte de volatilité extrême des marchés et du krach boursier de la semaine du 6 octobre 2008.

Les mesures nécessaires ont été prises les 15 et 16 octobre 2008 pour solder ces opérations, conclues le plus souvent de gré à gré, en dégageant des pertes significatives pour mettre fin à cette activité."

Nature des positions, montant des engagements, chronologie exacte des engagements pris, contreparties de gré à gré, enregistrement des positions et suivi ? Autant de questions non-exhaustives sans réponses.

Mais au moins les 6 pages du communiqué fournissent le détail des lacunes du contrôle interne.

J'ai relevé dans le communiqué pas moins de 14 infractions à différents articles du règlement n°97-02 : article 7-1, article 9, article 13 a), article 14, article 17, article 22, article 25 a), article 26, article 27, article 32, article 32 1), article 33, article 34, article 40.

La liste des constats est longue et ça fait peur, je cite la Commission Bancaire :

- la CNCE ne disposait pas d

outils de mesure et de suivi des risques adaptés aux activités de l

entreprise ;

- aucun véritable contrôle n

était effectué par le postmarché sur les valorisations effectuées par la salle des marchés ;

- (l'établissement) n

avait pas analysé le risque (de liquidité) auquel l

exposait cette activité ( de trading pour compte propre) ;

- l

exposition au risque de contrepartie nétait pas calculée pour les achats de protection sous forme de dérivés de crédit effectués dans le cadre de lactivité d

arbitrage ;

- le calcul des résultats de gestion par le suivi de marché n

était réalisé que mensuellement sur l

intégralité des portefeuilles ;

- la mesure du risque de marché sur les portefeuilles de « trading » pour compte propre était sous-estimée ;

- les scénarios de tests de résistance (« stress tests ») reposaient sur des hypothèses datées, n

étaient pas contrôlés a posteriori et étaient peu sévères ;

- le risque de fraude dans les activités de marché (« rogue trading »), qui était nettement sous estimé et n

avait pas fait lobjet de scénarios pour les caisses dépargne, navait pas été réexaminé en 2008 ni fait lobjet dune action particulière, notamment au titre des flux de trésorerie liés aux appels de marge, à lanalyse systématique des annulations dopérations, à labsence de dispositif formalisé dalerte et descalade en cas de détection danomalie, alors même que les recommandations relatives au renforcement du contrôle des opérations de marché figurant dans le rapport de février 2008 du Ministre de léconomie, des finances et de lemploi avaient attiré l

attention des établissements à cet égard (aggravant) ;

- les limites relatives aux activités pour compte propre n

avaient pas été modifiées suite à la décision de mise en gestion extinctive de ces activités ;

- la formalisation et la documentation des procédures étaient lacunaires ; la gestion financière de l

établissement nétait encadrée par aucun texte de référence jusqu

à fin 2008.

De l'artisanat en somme.

Avec de telles lacunes, on se demande comment ni la Commission Bancaire ni les commissaires aux comptes (Price Waterhouse Coopers PWC et Mazars), ni les services d'inspection ou de contrôle interne de la banque n'ont rien vu ou écrit ou dit sur le sujet. En tout cas la Commission Bancaire ne parle pas d'elle-même ni de ses tiers dans son communiqué.

Le rapport des Commissaires aux comptes sur le rapport du Président sur les travaux du conseil de surveillance et les procédures du contrôle interne pour l'exercice 2008 est éloquent :

Parmi les diligences ?

"Déterminer si les déficiences majeures du contrôle interne relatif à l’élaboration et au traitement de l’information comptable et financière que nous aurions relevées dans le cadre de notre mission font l’objet d’une information appropriée dans le rapport du président."

Conclusion ?

"Sur la base de ces travaux, nous n’avons pas d’observation à formuler sur les informations concernant les procédures de contrôle interne de la Caisse Nationale des Caisses d’Epargne et de Prévoyance relatives à l’élaboration et au traitement de l’information comptable et financière, contenues dans le rapport du président du conseil de surveillance."

Tout va bien donc, il n'y a rien.

La Caisse d'Epargne, au contraire de la Société Générale (et il convient d'adresser un satisfecit à cette dernière pour les rapports détaillés qu'elle a publiés sur la fraude en février et en mai 2008), a préféré ne rien communiquer.

L'établissement financier a même eu le toupet de demander, fort heureusement en vain, à la Commission Bancaire qu'aucune mesure de publicité faisant apparaître le nom de l'établissement ne soit effectuée. Nouveaux (François Pérol) ou anciens dirigeants de la banque, même combat, la boîte noire.

Le montant de l'amende, 20 millions d'euros, est supérieur aux 4 millions d'euros infligés à la Société Générale le 4 juillet 2008 (dont le communiqué ne figure plus sur le site de la Banque de France !).

Comme le souligne la Commission Bancaire, le montant de 20 millions d'euros doit être apprécié au regard du relèvement du plafond des sanctions pécuniaires le 4 août 2008, citant la loi n° 2008-776 du 4 août 2008.

Selon l'article 159 de cette loi qui modifie l'article 621 du Code monétaire et financier, e montant maximal des sanctions pécuniaires a été porté du niveau de capital minimum de la personne moral sanctionnée à son décuple. Soit concrètement un relèvement du plafond des sanctions pécuniaires de 5 millions à 50 millions d'euros.

A comparer par conséquent 4 relativement à 5 et 20 relativement à 50.

Posté par Olivier Fluke à 14:06 - Pertes aux Caisses d'Epargne - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


17 novembre 2008

Caisses d'Epargne : du nouveau dans l'article du Monde du 13.11.08 Le trader ...évoque "la mauvaise foi" de l'Ecureuil

Caisses d'Epargne : du nouveau dans l'article du Monde du 13 novembre 2008 "Le trader à l'origine d'une perte de 751 millions d'euros évoque "la mauvaise foi" de l'Ecureuil

L'article rédigé par Gérard Davet et Anne Michel http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11/13/le-trader-a-l-origine-d-une-perte-de-751-millions-d-euros-evoque-la-mauvaise-foi-de-l-ecureuil_1118108_1101386.html comprend :

1) des extraits du rapport de la Commission bancaire daté du 29 octobre versé au dossier d'instruction.

2) des extraits des procès-verbaux de déposition du trader Boris Picano-Nacci dont Le Monde a eu connaissance.

Manifestement le journal Le Monde a ses entrées à la brigade financière puisque c'est Le Monde déjà dans l'affaire Kerviel qui avait publié les extraits des premières dépositions du trader à la brigade financière.

Extraits des conclusions du rapport de la Commission bancaire et mes commentaires :

"Le dispositif de contrôle interne destiné à suivre cette activité présente de graves lacunes ...aucun calcul indépendant du résultat quotidien n'est effectué"

"Le dispositif de limites est insuffisant et s'appuie sur des indicateurs biaisés"

La Direction doit être tenue responsable de l'insuffisance des dispositifs de contrôle interne.

"Ordre avait été donné à la fin juin de fermer l'activité et de gérer ce portefeuille en extinction, pour préserver le résultat acquis. Le trader a clairement outrepassé cet ordre à partir de la mi-septembre."

La responsabilité du trader est clairement annoncée par cette dernière phrase. Comment en effet concilier la préservation du résultat acquis et la génération de 751 millions d'euros de perte de trading ?

"Un contrôle interne adéquat aurait permis de s'en rendre compte immédiatement, et donc d'éviter les pertes."

Extraits de la déposition de Boris Picano-Nacci du 29 octobre 2008 et mes commentaires

"Je pense que la CNCE (Caisse nationale des caisses d'épargne) est de mauvaise foi (...)" son plan de gestion a été "validé par des opérationnels". "Comme la CNCE a perdu de l'argent, c'est une manière de dire au grand public que chez eux, tout va bien, que les pertes sont dues à un trader fou."

"Tout dépend de ce qu'on entend par gestion extinctive, pour moi c'était accompagner les positions au fur et à mesure afin de les déboucler en totalité au 31 décembre 2008"

"Mes positions supprimaient du risque normal pour rajouter du risque extrême mais ces opérations ont été faites au vu et au su de tous et ne m'ont pas été reprochées à l'instant. On me les a reprochées quand j'ai perdu de l'argent."

Rajouter du risque extrême à du risque normal, curieuse manière de respecter une gestion de type extinctive, puisque l'activité de la salle de marchés devait se terminer fin 2008.

Cela m'étonnerait que dans le plan de gestion "validé par des opérationnels" cette notion de risque extrême ait été mise en avant !

"Je n'ai signé aucune limite, à ma connaissance il n'y en avait pas (...) seule une limite calculée sur les risques. Si je faisais 20 ou 30 millions d'euros de P & L (résultat) c'était déjà une bonne année (...) Je ne m'étais pas imposé de réelles restrictions, j'essayais de prendre des engagements en adéquation avec mes objectifs de performance."

C'est typique du sentiment de toute puissance et d'absence de limite que ces personnes ont : "je ne m'étais pas imposé de réelles restrictions". Le problème, c'est que dans ce monde fou des traders, ni les supérieurs ni la Direction n'ont cadré ces dérives, alors qu'il y en avait besoin. Et pourtant, même en étant prévenus après l'affaire JK à la Société Générale, le Casino Royale a continué.

Ses supérieurs hiérarchiques étaient-ils au courant de ses "nouvelles positions" prises sur les marchés ? "Je pense qu'il savait, déclare Boris Picano-Nacci en parlant de son responsable direct, même si je ne le lui ai pas dit expressément et que je n'avais pas à le faire".

"Que je n'avais pas à le faire" .. on dirait que cette personne n'avait de compte à rendre à personne finalement, et à la fin, il est à l'origine d'une paume de 751 millions d'euros. Si ça se trouve Boris¨P est encore fier de ce qu'il a fait, c'est fou !

Par ailleurs, le trader tente de justifier ses choix d'investissement. Il affirme qu'il pensait faire gagner de l'argent à sa banque, en pariant sur une atténuation de la crise boursière : "Il s'agissait de dire (...) que la volatilité allait continuer à monter jusqu'à un certain point et les marchés allaient continuer à baisser jusqu'à un certain point. C'est pour prévenir ces mouvements que de nouvelles positions ont été prises (...) Au moment où j'ai pris la position mes engagements en terme de sensibilité étaient normaux mais ils ont explosé le 10 octobre." S'il avait pu imaginer que le risque extrême se réalise, assure-t-il, "je n'aurais pas pris ces positions".

Mais il n'avait pas à faire gagner de l'argent à sa banque puisqu'il s'agissait d'une activité qui devait s'éteindre fin 2008 ! Il a fait un pari qui s'est avéré perdant, mais il n'avait pas à parier.

Selon l'article, le trader aurait perçu 68 000 euros de bonus en 2006 et 2007.

Toujours pareil, tant que ça ne perd pas, ça gagne, et quand ça perd, salut tchao à la prochaine. Résultat, les Caisses d'Epargne ont versé 134 000 euros de bonus à un salarié qui leur a fait perdre 751 millions d'euros en 2008.

Il faut changer tout ça !

Posté par Olivier Fluke à 17:28 - Pertes aux Caisses d'Epargne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 octobre 2008

31 octobre 2008 Les dernières news sur l'affaire des Caisses d'Epargne

Sur le nom du trader

Une possible explication sur le fait que le nom complet du trader impliqué dans les 751 millions d'euros de perte aux Caisses d'Epargne tarde à être dévoilé dans les médias : il est assez compliqué à retenir et prononcer, vous imaginez au 20 h de TF1 la présentatrice bafouiller un brin ...

Là n'est pas l'essentiel.

Sur les avocats des deux parties

On apprend que Cécile Bernaille est l'avocat du trader, et Jean Reinhart celui de la CNCE, ce dernier faisant aussi partie de la défense des intérêts de la Société Générale dans l'affaire Jérôme K.

Sur le lien avec NATIXIS

Dans l'article du Figaro du 31 octobre 2008 http://www.lefigaro.fr/societes/2008/10/31/04015-20081031ARTFIG00020-les-folies-de-boris-p-le-trader-de-l-ecureuil-.php, "Le trader de l'Écureuil mis en examen", on apprend que "C'est dans cette salle de marchés de la société IXIS CIB, dépendant du groupement Caisse d'épargne et Natixis, que travaillait Boris P".

Tiens, NATIXIS, jusque là le lien n'avait pas été fait de manière plus précise. Les médias ne parlaient que des Caisses d'Epargne.

Y aurait-il eu volonté de ne pas nuire un peu plus à la réputation de NATIXIS, déjà bien mal en point ?

Une recherche sur google avec le nom complet de Boris P permettait d'ailleurs d'identifier un mail terminant par "@cdcixis.com".

Evolution judiciaire

Sur l'évolution judiciaire, il aurait été mis en examen par la juge Xavière Simeoni pour «abus de confiance», un chef passible de trois ans d

emprisonnement et de 375.000 euros d

amende. Son domicile dans le Val d'Oise aurait été perquisitionné.

Sur le fond technique de la perte des 751 millions d'euros et les enjeux

Sur le fond technique de l'affaire, j'ai retenu un extrait de l'article dans Libération du 31 octobre 2008 par Nicolas Cori, http://www.liberation.fr/economie/0101165871-boris-p-le-kerviel-de-l-ecureuil-rend-des-comptes, intitulé "Boris P., le Kerviel de l

Ecureuil, rend des comptes".

"Le 9 octobre, il aurait affirmé : «Des positions à échéance novembre ont été coupées, il n

y a plus de risque sur les positions optionnelles à la baisse et le risque est désormais limité à la prime investie».

Incompétence ou abus de confiance ? C'est là où cela pourrait se jouer. Soit le trader s'était trompé dans ses propos et avait mal évalué les risques. Soit il connaissait les risques.

La tactique des Caisses d'Epargne semble la suivante. simple. Démontrer que l'abus de confiance est caractérisé à partir du moment que le trader a fourni de fausses réponses à des questions de ses supérieurs.

On peut imaginer qu'en effet, d'autant plus en ces temps de crise, que les traders ont intérêt à jouer carte sur table.

"Ta pose est risquée ?"

"Non, tout au plus ceci, dans quelques jours cela" alors qu'à la fin cela se traduit par des centaines de millions d'euros.

Troisième cas de figure : le trader à communiqué de façon à présenter la réalité mais ce sont ses supérieurs qui n'ont pas compris ou alors ont eux-mêmes décidé de ne pas s'alarmer plus que cela malgré les risques encourus.

Comme cette histoire semble avoir duré que quelques semaines, l'abus de confiance pourrait être démontré plus facilement.

Alors que dans l'affaire Kerviel les alertes étaient tellement nombreuses (alertes internes, Eurex, etc ...) que la défense peut espérer que les juges vont croire à l'implication active et/ou passive d'autres collaborateurs (non subalternes) de la banque, permettant d'atténuer la responsabilité du trader.

Si l'abus de confiance est acté dans l'affaire des Caisses d'Epargne, comment xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx ?

Pour rappel, selon le deuxième rapport de l'Inspection Générale de la Société Générale, 947 opérations fictives annulant les risques de marché et le résultat latent, 115 couples de transactions fictives de sens inverse, utilisées pour dissimuler le résultat figé.

Sur les instruments financiers qui ont abouti à une perte de 751 millions d'euros

Les informations communiquées jusque là et en ma possession sont insuffisantes pour creuser davantage le sujet.

Les premières révélations par le Nouvel Observateur indiquaient que les instruments financiers utilisés par Boris P consistaient en des indices de volatilité.

Dans un article récent sur ce blog, je relevais qu'en plein débouclage l'indice de volatilité du CAC 40 présentait un écart de 370%entre son plus haut et son plus bas le 16 octobre 2008. Ce qui n'était pas le cas du DJ Eurostoxx 50, pour lequel l'indice de volatilité a varié de 20,7 % entre son plus haut et son plus bas du jour.

Je n'ai pas plus d'élément me permettant que la perte des Caisses d'Epargne et ce qui s'est passé sur l'indice de volatilité du CAC ce jour là puissent être liés.

Un article du Monde du 23 octobre 2008 http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/23/pertes-de-l-ecureuil-un-rapport-pointe-de-multiples-dysfonctionnements_1110232_1101386.html intitulé "Pertes de l'Ecureuil : un rapport pointe de multiples dysfonctionnements", indique :

"Mais à partir de septembre, Boris P. se met à couvrir ses positions sur indices actions et sur volatilité "au travers d'achats d'options dans la monnaie", options qui lui permettent, par exemple, d'acheter le CAC 40 à un certain prix sachant que sa valeur est déjà inférieure, donc d'escompter un gain théorique. Le trader vend en contrepartie d'autres options "en dehors de la monnaie", dont le gain peut être supérieur mais plus risqué. Ces arbitrages "exposent (son portefeuille) de manière croissante aux chocs extrêmes", analyse le rapport. Cela expliquera les 700 millions d'euros de pertes une fois ces transactions "débouclées", en plein krach boursier !

Alors que l'Ecureuil avait parlé d'une mise de fonds limitée à 10 millions d'euros, le rapport révèle que le trader a joué gros. Et qu'on a laissé faire. Ainsi, le 3 octobre, Boris P. vend pour 180 millions d'euros d'options d'achat (appelées calls dans le jargon financier) sur l'indice européen Eurostoxx 50. Puis le 7 octobre, il vend pour 100 millions d'options de vente (des puts) et à nouveau le 9 octobre, il vend et achète des options de vente d'indices pour 252 millions."

Les positions prises concerneraient des centaines de millions d'euros par conséquent, mais sur des produits financiers dont la perte ou le gain peut être liée au nominal lui-même, et fonction de l'évolution des sous-jacents et des limites fixées au produit.

Tentative de compréhension avec l'aide d'un message posté sur Boursorama (lien non retrouvé) qui permet de reboucler avec les éléments qui précèdent :

Boris P a pu miser sur une baisse de la volatilité, en vendant des options de vente (à 100 -x) et d'achat (à 100 + x) d'un indice.

Tout se serait bien passé si l'indice était resté entre 100-x et 100+x.

Le problème, c'est que si la volatilité est trop importante, les barrières 100-x et 100+x peuvent être dépassées, exposant le trader à des pertes importantes, sauf s'il a adopté en parallèle une stratégie de couverture, avec une stratégie inverse mais avec un niveau y > x.

Manifestement puisque les pertes ont cru de manière exponentielle cela ne semble pas avoir été le cas.

Attendons d'en savoir plus.

Posté par Olivier Fluke à 12:19 - Pertes aux Caisses d'Epargne - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 octobre 2008

Pertes aux Caisses d'Epargne : recherches sur les indices de volatilité

D'après un communiqué de presse d'Euronext du 23 juillet 2007, Euronext a lancé le 3 septembre 2007 trois indices de volatilité qui mesurent la volatilité implicite du prix des options (la volatilité étant un déterminant du prix des options), donc CAC 40 Volatility Index (VCAC).

Par hypothèse, supposons que le trader de la Caisse d'Epargne a joué sur VCAC.

On peut penser que la volatilité des indices boursiers actions n'a pas de frontière, et que les tendances ayant conduit à la perte réalisée peuvent être observée à partir de ce qui s'est passé sur le VCAC.

La fiche produit mise en ligne par Euronext indique que VCAC permet d'anticiper les variations du CAC 40 dans les 30 jours.

Pourquoi diable le trader s'est-il mis tout d'un coup à déraper sur un tel produit ?

Qui apparaît plus compliqué qu'un future CAC 40 par exemple ?

De tels indices de volatilité sont censés stabiliser les performances d'un portefeuille. Mais alors quel portefeuille ?

Y avait-il d'autres produits impliquant une maturité sur lesquels le trader avait misé ?

Dans l'article du Nouvel Observateur qui se réfère au rapport de l'Inspection Générale, une échéance novembre est spécifiée : apparemment pas de trace de ce type d'échéance (comme pour les futures) dans le cas d'indices de volatilité.

La courbe du VCAC sur 1 an montre clairement que le VAC croît de manière exponentielle depuis mi-septembre, en une pente comparable à celle de la Tour Eiffel vue du pont d'Iena.

http://www.euronext.com/trader/charts/chartsAnalyses-2834-FR-QS0011052139.html?selectedMep=1

La remontée de la courbe semble extrêmement violente justement début octobre, accréditant la chronologie des faits du rapport de l'Inspection générale de la CNCE.

A noter que le 15 octobre, l'écart entre le plus haut et le plus bas de la journée est de 37,5 % de 69,7 % le 17 octobre. De 370,4 % le 16 octobre 2008. C'est ce jour là qu'il dû se passer quelque chose, en plein débouclage expliquant l'aggravation des pertes ! Le marché des indices de volatilité est-il si insuffisamment liquide pour qu'on soit obligé d'influer autant sur ce marché ?

Seuls 5 jours sont au-dessus de 100% : 29 septembre 183,8%, 9 octobre 128%, le 16 octobre, le 20 octobre 116,1% et le 21 octobre 286,9%.

S'il s'agit bien du VCAC, le 16 octobre a été la pire journée en écart sur le VCAC, il est alors très possible que le débouclage ait pesé sur le niveau de volatilité de l'indice lui-même, donc sur la perte !

Cette situation extrême, comment ne pas imaginer que d'autres traders dans d'autres salles de marché n'ont pas subi les mêmes conséquences ?

Ce qui rejoint la fin de l'article du Nouvel Observateur : "Par ailleurs, d

après nos informations, toutes les banques de financement et dinvestissement françaises, ont perdu beaucoup dargent dans leurs activités de trading depuis quinze jours en raison de la forte volatilité des marchés".

Posté par Olivier Fluke à 16:31 - Pertes aux Caisses d'Epargne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 octobre 2008

La perte de 751 millions d'euros aux Caisses d'Epargne : un nouveau dérapage dans les salles de marché

Mise à jour à partir de l'article paru dans Le Nouvel Observateur du 22 octobre 2008 " Le rapport qui accable la direction de la Caisse d'Epargne", dont un journaliste se serait procuré le rapport préliminaire de 13 pages de l'Inspection générale de la Caisse d'Epargne.

L'activité de trading des Caisses d'Epargne (8 personnes) aurait dû se terminer en fin d'année 2008

3 avril 2008 Décision d'arrêter l'activité par le directeur général de la CNCE Nicolas Mérindol, à la demande de Julien Carmona, membre du directoire chargé des finances et des risques.

23 juin 2008 Décision entérinée par le directoire de la banque.

8 août 2008 Décision notifiée à la Banque de France

Les faits

15 septembre 2008  Un des trois traders chargé des dérivés actions serait passé outre la poursuite des activités de trading. Il aurait pris des positions importantes sur des indices de volatilité (produit dérivé qui joue sur l'évaluation de l'amplitude des cours) en pariant sur une réduction de la volatilité et une hausse des marché.

Pari risqué et pari perdant.

2 octobre 2008 Le comité des risques de marché de la CNCE aurait constaté une forte dégradation de la situation ? Laquelle ? Celle des marchés ou celle du trader ? L'article ne le précise pas vraiment. Le responsable du compte propre, supérieur hiérarchique n+1 du trader, avait négocié son départ pour fin septembre.

7 octobre 2008  Une première alerte (donc plus de 3 semaines après le début des prises de risque !!!), liée aux volumes inhabituels de trading, aurait été envoyée auprès du responsable de la gestion financière. Le trader aurait été convoqué et aurait menti selon le rapport (procédure judiciaire pour abus de confiance à venir ? mais les Caisses d'Epargne ont-elles intérêt à ce que cela s'embourbe comme l'affaire Kerviel ?) sur le fait de déclarer que les positions à échéance novembre ont été coupées et que le risque est limité à la prime investie.

vendredi 10 octobre Le directeur financier François Chauveau est averti de la situation à 13h30, les pertes sont estimées à 100 millions d'euros. Le trader aurait poursuivi son activité. Le directeur financier aurait alors prévenu Julien Carmona, le membre du directoire chargé des finances et des risques, en assurant que tout est sous contrôle.

lundi 13 octobre Les indicateurs de volatilité actions sont retombés mais les positions ne sont pas coupées (deux jours après), ce qui serait le signe d'un coupable attentisme selon l'article. Le trader aurait remis sa démission et aurait calculé ses pertes à 120 millions d'euros.

Les jours qui suivent, la volatilité reprend de plus belle. La perte s'aggrave.

mercredi 15 au vendredi 17 octobre débouclage des positions du trader, la perte finale communiquéeest passée de 695 millions d'euros à 751 millions d'euros.

Vendredi 24 octobre ouverture par le Parquet de Paris d'une enquête préliminaire pour abus de confiance faisant suite à une plainte déposée par la Caisse d'Epargne.

Comparaison avec l'affaire Kerviel - Société Générale

Points communs

Les positions prises auraient dépassé les limites autorisées.

La perte est creusée par la décision de solder les positions sur les marchés tourmentés.

Les conditions normales d'une supervision hiérachique ne sont pas réunies (cas Kerviel : venait de prendre le poste cas Caisses d'Epargne : avait négocié son départ pour fin septembre, ses nouveaux employeurs s'il en a devraient être ravis de la nouvelle !).

Mensonge ou dissimulation du trader en réponse à des alertes de la banque.

Différences

Absence de dissimulation des opérations dépassant les limites dans le cas des Caisses d'Epargne. Néanmoins, les Caisses d'Epargne ont porté plainte pour abus de confiance, et, selon leur communiqué du 27 octobre 2008 :

"En effet, à l’issue des premières investigations menées par les services de l’Inspection et de la déontologie de la CNCE, il est apparu des éléments troublants quant aux conditions de la constitution des positions litigieuses sur compte propre. Ces éléments troublants pouvant revêtir à l’évidence une qualification pénale, entre autres, d’abus de confiance."

Les dérives des Caisses d'Epargne aboutissant à la perte de 695 millions d'euros se serait jouées en quelques jours, alors que les dissimulations d'opérations non-autorisées sur plusieurs mois. Il convient toutefois de constater que les opérations 2008 de Kerviel ayant généré près de 6,4 milliards de perte ont été prises en quelques jours également, du 2 janvier au 18 janvier 2008, pour un nominal de 52 milliards d'euros.

Avenir des dirigeants et des responsables hiérarchiques

Dans l'affaire de la Société Générale, le Président Directeur Générale en poste au moment des faits, Daniel Bouton a conservé son poste de président du conseil d'administration.

C'est le Directeur Financier au moment des faits, Frédéric Oudéa, dont les comptes au 30 juin 2007 étaient faux de 2 milliards d'euros et dont de nombreux services dépendant de la Direction Financière (trésorerie par exemple) n'ont rien vu pendant des mois, qui a été promu Directeur Général plusieurs mois après la fraude en trading la plus importante jamais connue.

Sa situation devrait être fragilisée si jamais la Société Générale venait effectivement à faire appel au marché pour se recapitaliser, alors qu'il a déclaré avec force que la Société Générale n'aurait pas recours aux plans de secours de l'Etat Français souhaité par le Président Nicolas Sarkozy.

Dans l'affaire des Caisses d'Epargne, sous la pression du politique, les numéros un et deux, Charles Milhaud et Nicolas Mérindol ont démissionné le week-end suivant l'annonce de la perte. Nicolas Mérindol viserait tout de même la direction du Crédit Foncier !

Le membre du directoire en charge des finances et des risques, Julien Carmona, a également démissionné, mais sa démission aurait été refusée.

Recours à des contreparties externes, BNP et Société Générale en hors marché pour le débouclage

D'après le Nouvel Observateur, "Mais pour sortir de cette opération de trading, les Caisses d'épargne doivent trouver, sur le marché, des contreparties acceptant de reprendre ses positions malencontreuses. Opération qui se fait de gré à gré. "Dans un marché totalement mort, deux banques, toutes deux très fortes dans les produits dérivés, sont en mesure de reprendre ses positions : BNP Paribas, et la Société Générale", explique une source bancaire."

Rappelons que dans mon livre Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête j'émets l'hypothèse que la Société Générale ait pu, au cours du débouclage entre le 21 et le 23 janvier 2008 (mais qui se serait achevé en fait le vendredi 25 selon une interview dans l'Expansion de Caroline Wassermann avocate de Jérôme Kerviel), avoir recours à des opérations de gré à gré (OTC Over The Counter).

Est-ce que dans l'affaire Kerviel il s'est passé la même chose ?

Dans quelles conditions ? La perte aurait-t-elle pu être aggravée moyennant contrepartie ?

En tout état de cause, de telles opérations OTC n'apparaissant pas aux opérateurs qui tradent en direct, vous imaginez bien que de tels volumes OTC (s'ils ont eu lieu ainsi) n'auraient pas manqué d'impacter différemment les opérateurs sur Eurex !

L'affaire de la Caisse d'Epargne devrait pousser le juge Van Ryumbeke a obtenir auprès d'Eurex le détail des contreparties aux positions débouclées !

Dans le cas contraire, l'instruction me semblerait insuffisante et plutôt protectrice des intérêts de la Société Générale.

Posté par Olivier Fluke à 17:37 - Pertes aux Caisses d'Epargne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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