L'homme qui valait 5 milliards Quand le capitalisme financier devient fou par Mélaine Delattre et Emmanuel Levy

First Editions

Juin 2008

209 pages 193 pages jusqu'au lexique

19,9 euros

Le livre est bien écrit et se lit facilement.

Contenu

Chapitre I

Chapitre II Anecdotes de traders

Chapitre III Le niveau de rémunération des traders

Chapitre IV Historique des fraudes de trading

Chapitre V Présentation de Jérôme Kerviel Les positions prises

Chapitre VI Découverte et annonce de la fraude

Chapitre VII Entretien avec Daniel Bouton

Chapitre VIII Développement des marchés et du trading sur la place de Paris

Chapitre IX Les péchés de la Société Générale, peu de détails sur les alertes, le contrôle interne.

Chapitre X Crises boursières, les subprimes

Thèse du livre

Le joueur, qui se rend compte qu'il finit par gagner en trichant. Alors il pense qu'il va certainement finir par gagner.

Autres commentaires

En page 5 "Un jeune trentenaire, plutôt beau gosse : sur l'unique photo de lui qui circule, i la un faux-air de Tom Cruise".

En page 21 "En poste à Hong-Kong au milieu des années 90, Jean-Pierre Mustier ... n'avait pas hésité à toucher les seins d'une nouvelle recrue pour ganger son pari avec un client".

En page 102, une information intéressante "Un peu plus tôt, l'opération de débouclage menée par Maxime Kahn s'est terminée. Officiellement du moins. En réalité, le trader clôturera la dernière position made in Kerviel dans la journée de vendredi." Ainsi donc le débouclage se serait poursuivi jeudi 24 janvier et vendredi 25 janvier. Les auteurs n'indiquent pas s'ils s'agissait de montants significatifs, pouvant remettre en question les paramètres de débouclage tels qu'ils ont été publiés par la Société générale et validés par les commissaires aux comptes !

Les pages 148 et 149 sur la "martingale" de Jérôme Kerviel, c'est-à-dire la méthode pour gagner sont très pertinentes et s'appliquent assez bien au scénario des prises de position du trader.

En page 166, "un trader de Delta One" nous a par ailleurs assuré qu'en décembre déjà, Cordelle avait demandé à JK de placer une partie de cette monumentale cagnotte afin de générer des intérêts - ce qu'à confirmé le jeune homme lors de ses auditions."

Est-ce l'assistant trader, plutôt qu'un trader ? Est-ce bien le mois de décembre ?

C'est en tout cas une information essentielle. Néanmoins, attention, car s'appliquant au mois de janvier 2008 une telle information a déjà été révélée.

Dans mon livre "Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête", la non-connaissance par la hiérarchie de Jérôme Kerviel des activités non-autorisées est estimée douteuse à partir des courriers d'Eurex au mois de novembre 2007. "Comment les opérations non-autorisées auraient-elles alors pu passer inaperçues à la Société Générale alors qu'elles ne l'étaient pas à Eurex ? Est-ce que ce n'est pas toute la salle Delta One, qui aurait été dissoute depuis peut-on lire dans le livre, qui aurait été au courant depuis cette date mais aurait participé au silence afin de profiter de bonus, d'éponger des pertes, ou encore de profiter du magot postérieurement ?

Erreurs

Dès le quatrième de couverture, "la banque révèle avoir été victime d'une fraude massive d'un montant de 4,9 milliards d'euros auxquels s'ajoutent les pertes liées à la crise des subprimes, soit un total de près de 7 milliards d'euros, à ce jour ces pertes vertigineuses sont attribuées à la "folie" d'un seul homme, Jérôme Kerviel"

C'est gonflé d'associer les pertes des subprimes à Kerviel !!!

En page 9 "les codes d'accès des services d'encadrement de l'activité de trading, que le jeune trentenaire avait gardés ou volés lors de son passage dans le service". Comme l'indique le rapport de l'Inspection de la Société Générale du 20 février 2008, bien avant la parution du livre, les accès indus initialement identifiés n'ont finalement pas été avérés. L'investigation d'éventuelles usurpations informatiques se poursuivaient, mais aucune information ne permettait d'écrire ce qu'écrit l'auteur. Les rapports définitifs de la Société Générale de fin mai 2008 ont confirmé que le trader n'avait pas eu besoin d'usurper des codes informatiques. La correcte compréhension du mécanisme de la fraude le permettait également.

Les auteurs persistent en page 10 "JK ne s'est pas seulement introduit comme un hacker dans le système informatique, une fois comme ça, ni vu ni connu. il a répété la manipulation des dizaines, des centaines de fois."

En page 71 "En novembre 2007, le jeune arbitragiste touche au but. Même s'il n'est pas encore JK superstar, son nom commence à circuler dans les salles de marché de la concurrence. Il est le trader dont le book recèle une ressource rare : 1,4 milliards cash."

Cette dernière phrase laisse à penser que le bénéfice réalisé par Jérôme Kerviel en 2007, 1,4 milliards d'euros, au titre de ses opérations non-autorisées était connu dès le mois de novembre 2007. Quelle information permet aux auteurs d'écrire cela, alors que l'ensemble des rapports de la Société Générale (notamment la chronologie de la découverte de la fraude), des dépositions et des articles sur le sujet laissent à penser que ce n'est que le 19 janvier 2008 que la Société Générale apprend l'existence d'un bénéfice de 1,4 milliards d'euros ?

En page 72, "même si tout le monde pense que ce trésor est virtuel, qu'il va se volatiliser fin mars, lorsque le trader devra dénouer sa deuxième position, celle qui s'avérera fictive ...".

L'explication est surprenante, puisque dans le cas de Jérôme Kerviel les opérations non-autorisées prises en janvier 2008 sur les échéances du mois de mars 2008 sont bien réelles. Difficile à comprendre par conséquent !

En page 78, "il parie sur une dégringolade généralisée des indices boursiers européens courant 2007, ciblant plus particulièrement le DAX, l'Eurostoxx et le Footsie, tous cotés chez Eurex."

Faux, le future Footsie n'est pas coté chez Eurex. Ce n'est qu'en janvier 2008 que Jérôme Kerviel a misé sur le future Footsie, sauf information exclusive pour les auteurs. Et ce n'est qu'au troisième trimestre 2007 que Jérôme Kerviel a misé sur le future Eurostox50.

En page 79, "à la veille du début "officiel" de la crise, début août, ses pertes culminent à -2,4 milliards milliards d'euros".

Faux ! Début août, les positions du trader sont en cours de débouclage et sont gagnantes !

En page 80, "en novembre, avec l'aggravation de la crise, c'est carrément Bysance : cette même position s'envole pour atteindre les 1,4 milliards dont on entendra souvent parler par la suite."

Faux, il ne s'agit pas de la même position. La position de l'été 2007 a été débouclée.

En page 81, "il a donc programmé à mars 2008 l'arrivée à échéance de sa position fictive, histoire de profiter de sa montagne de cash pendant quelques mois".

Faux là encore, les positions à échéance mars 2008 ont été prises en janvier 2008. Les positions qui ont généré 1,4 milliards d'euros de bénéfice en 2007 ont été débouclées avant la fin de l'année 2007.

Pourtant en page 83, les auteurs écrivent "en moins de treize jours ouvrés, il monte une énorme position, la plus grosse qu'il ait jamais prise. Il engage 50 milliards d'euros." De quoi décontenancer le lecteur vigilant.

En page 87, "alors qu'il utilisait jusque-là dans le cadre de ses transactions fictives des contreparties internes à la banque, attirant peu l'attention, il change de mode opératoire et inscrit comme partenaire imaginaire un petit courtier allemand, Baader."

Faux ! Jérôme Kerviel avait bien utilisé une contrepartie interne à la banque, Clickoptions, mais il a dû changer de contrepartie afin de faire cesser un clignotant que des contrôleurs avaient allumé début janvier 2008 !

En page 96, ""on se demande comment on va déboucler l'énorme position prise par Kerviel" commente-t-il. Et notamment les 140 000 contrats Dax."

Il ne s'agissait pas de 140 000, mais de 90 000 contrats Dax, dont le montant total représentait moins que ceux de l'Eurostox50 !